TGIF – Thank God It’s Friday | Le prix de l’amour

by • Oct 23, 2015 • T.G.I.F.Comments (0)3248

Salut les coquins,

Déjà jeudi soir et il est temps pour moi de venir noircir ces lignes afin de vous offrir votre récréation du vendredi. Preuve que l’exercice est de plus en plus difficile au fil du temps, j’essaye de trouver un petit cocon d’isolement et le rythme de ma future prose dans une reprise au ukulele (si si) de Rihanna par Coeur de pirate et Julien Doré. A ce propos, c’est une playlist des meilleurs moments de Taratata que je vous recommande et qui devrait vous fournir quelques bons frissons d’émotion de temps en temps !

Bref, pas là pour causer musique ou émotion, mais plutôt pognon. Enfin pas vraiment pognon mais un peu quand même… J’explique !

Tout ça est parti d’une phrase entendu l’autre matin alors que je me tapais un café sur le zinc d’un rade à côté du Stade de Gerland en attendant un client. Un mec habillé en éboueur, manifestement un habitué des lieux, est entré et s’est assis à côté de moi, avec a priori la ferme intention de me faire partager ses impressions sur la vie, l’argent et les femmes.

Au début plutôt réticent à vouloir entamer une discussion de comptoir avec ce mec là, sans doute en raison d’un snobisme de connard pétant plus haut que son cul, je n’ai d’abord eu d’autre choix que de ponctuer ses phrases par des “Oui” ou “c’est clair” prononcés d’un air désabusé sans lever les yeux de mon iPhone. Mais une phrase qu’il a sorti m’a marqué au point d’y penser toute la journée. On a tous déjà vécu ça, des phrases plus ou moins intelligentes mais qui restent tellement dans la tronche qu’on a encore la voix du mec qui nous l’a sorti quand on se la remémore.

Bref, on va pas faire durer le suspens trop longtemps, le mec m’a simplement dit “Et puis de toutes façons il est bien mignon mon père à vouloir que je me marie, mais j’ai pas les moyens d’avoir une copine en ce moment”.

Les moyens d’avoir une copine… le prix de l’amour… l’amour ne serait donc pas gratuit ?

Aucune envie de philosopher, mais on peut quand même se mettre quelques minutes dans la peau d’un mec qui cherche à séduire, puis à garder une meuf.

Je passe évidemment sur les filles très roots qui se contentent d’un tacos, d’un paquet de roulées et d’un pack de Kro sur un banc, j’oriente davantage ma théorie vers des filles qui savent différencier un fond de cuve Leader Price d’un Cru Classé de Bourgogne.

Bref, il n’avait donc pas les moyens d’avoir une meuf. Qu’est ce qu’il sous-entendait par là ?

Cette phrase a fait écho avec une discussion que j’ai eu récemment avec un pote à propos d’une fille un peu précieuse qu’il chinait ces derniers temps. En gros, ça donnait ça:

– Dis donc, t’en es où avec Geneviève ?

– Bah ça roule, on s’est vu encore hier soir…

– Ah cool. Vous avez fait quoi ?

– Bah écoute petit apéro en terrasse, puis resto et après on s’est mis un dernier verre.

– Chez toi le dernier verre ?

– Non, non, dans un bar sympa… 

– Ah oui ok. Et donc au final ? Tu l’as ramené ?

– Non, non. Pas encore, mais je suis sur la bonne voie à mon avis.

Si j’ai sagement répondu un hypocrite mais réconfortant “Oui, je pense que ça va le faire”, j’avais surtout envie de lui balancer “Bah je te le souhaite grand con, tu t’es mis une soirée à 200 boules pour te finir comme un con devant un boulard à 2H du matin, tout ça pour une gonzesse qui fondamentalement ressemble à la fille cachée du Père Fourras et de la chanteuse de Gossip, ça fait quand même bien mal au cul.” 

Le principe d’une première date est évidemment de plaire à l’autre. Quelque part on s’est pas refait la gueule dans la salle de bain pendant 2 plombes pour pinailler sur un verre à 5€.

Le pire est certainement la drague en soirée. C’est bien connu, quand on est en soirée on a soif, quand on a soif on est bourré, quand on est bourré on se sent riche, quand on est bourré et en train de draguer on a l’impression d’être full. Combien de fois je me suis réveillé seul dans mon plumard, des tickets de caisse plein le portefeuille, en me disant “putain, la prochaine fois j’irai aux putes, ça me coûtera 2 fois moins et au moins on sait comment ça termine !”

La drague de soirée a au moins le mérite de nous faire marrer. Sans dire qu’on sort juste pour ça, si jamais je suis plus souvent dans les coins fumeurs que sur le dance floor c’est pas pour rien.

Mais la drague la plus chère est quand même lorsque vous décidez d’envoyer grosse gomme. Attention, y’a grosse gomme façon Youri Orlov dans Lord of War qui loue un hôtel entier à St Barth et qui affrète un Jet Privé pour ramener sa target à bon port, et grosse gomme façon effronté qui consiste à conduire sa Twingo jusqu’à un resto, certes étoilé, mais resto quand même.

Ca m’est arrivé avec une nana que je tentais péniblement de sauter depuis quelques semaines, enfin que j’avais déjà tiré d’ailleurs, mais qui se la jouait “tu m’auras pas comme ça”. Ce qui est certain c’est que sur moi le “je te suis tu me fuis” fonctionne bien parce que cette pute m’a foutu sur la paille.

Clairement, elle bien flairé le blaireau en m’attirant dans un resto qui coûte une tonne parce que soi-disant y’avait son plat préféré, que c’était super beau et que si je l’emmenais dîner là-bas j’étais le patron pour les 10 prochaines années. Bref, ayant le coeur sur le main et n’étant pas spécialement regardant sur le budget kiff, j’ai dis banco et en avant pour le resto qui coûte une couille.

A peine arrivé, j’avais déjà lâché mon budget déjeuner de la semaine en confiant la Twingo au voiturier. “Merci Monsieur” qu’il a dit le grand con avec sa casquette, “je vous en prie” ai-je répondu sur un air mi-gentleman/mi-arrogant pour la jouer habitué. Un deuxième couillon en casquette déguisé en pingouin nous ouvre la porte, nous lance un Madame, Monsieur en hochant la tête, et directement on se sent important.

Une fois arrivé dans le hall d’entrée, on se retrouve nez à nez avec cette fameuse hôtesse d’accueil qu’on trouve dans tous les endroits un peu chics. Cette nana qu’on a envie de passer au carbone 14 pour savoir son âge doit avoir la petite cinquantaine, bien qu’elle puisse avoir autant 40 que 55, a des cheveux cheveux ni blonds ni bruns, porte un carré de soie Hermès un peu ringard et un tailleur très strict, relativement MILF sur le retour et surjouant son léger accent snob.

– Bonsoir Madame, bonsoir Monsieur, vous aviez une réservation à quel nom ?

Dans ce genre de cas, je rêve toujours de pouvoir lancer un nom d’Europe centrale, style Schlumberger, Poniatowski ou Rosenberg. Enfin un truc qui respire le château bavarois, le chalet dans les Alpes autrichiennes ou le baron fin de race dont l’arrière grand-père avait été renversé par le communisme mais qui a trouvé le moyen de placer sa fortune aux Etats-Unis, pays dans lequel il vit tout en assurant que “Je ne peux pas vivre sans rentrer en Europe de temps en temps, ce continent me manque tellement…”

Bref, moi je dis “Besançon”, ajoutant “comme la ville”, des fois que la dame puisse penser que c’est moi le duc du bled.

Se foutant finalement pas mal de la tonalité de mon blase mais voulant juste s’assurer que nous avions une réservation, celle-ci passe un coup de stabilo sur mon nom de famille et nous accompagne jusqu’à notre table, magnifiquement décorée d’ailleurs.

A peine 2 minutes se sont écoulées qu’un loufiat en gants blancs et cravate noire se poste devant notre table pour attaquer le racket.

Aujourd’hui la maison vous propose un apéritif à base de vin blanc élevé en biodynamie et d’une crème de pêche issue de l’agriculture biologique dans le Beaujolais.

– Oui, un Kir bio quoi !

En disant ça je sentais que je l’avais pas joué fine. Même si fondamentalement le mec tentait de me fourguer un kir pêche à 9 balles, il fallait continuer à s’extasier. Bref, une fois avoir essuyé un regard dédaigneux de ma target, du genre “Oh le plouc”, celle-ci a finalement opté pour une coupe de champagne.

– Champagne brut ou rosé Mademoiselle ?

Hum… ah bah rosé tiens !

“Pas de bol” me suis-je dis intérieurement…

Bref, elle boit son putain de champagne rosé à 25 balles pendant que je me contentais d’un demi histoire de pas creuser ma tombe trop tôt, et voici que le maître d’hôtel nous apporte ses menus, le sien sans les prix, le mien avec…

– J’hésite entre le menu “autour du homard” et “retour de marché”. Tu me conseilles quoi ?

Concrètement, la nana vous demande ce que vous lui conseillez entre le menu à 50 et le menu à 200. Le but du jeu va être de l’influencer sans trop que ça se voit. On est là pour se faire plaisir certes, mais enfin si elle peut se faire plaisir pour 50 balles c’est aussi bien.

– Ecoute je sais pas trop, c’est très différent. Mais enfin toi qui n’es pas une grosse mangeuse, le menu retour de marché me semble bien. Je sais pas si t’as vu mais il y’a 7 plats dans le “autour du homard” et même moi la dernière fois j’ai pas réussi à tout finir…

– Ah oui t’as raison. Bon bah va pour “retour de marché alors”.

C’est à ce moment là que j’ai commis l’irréparable. Je sais pas si c’est la bière de l’apéro, l’excitation d’avoir bien joué mon coup ou si tout simplement je suis définitivement un rustre, mais j’ai lancé un fatal “excellent choix” en me marrant qui lui a bien fait comprendre que j’avais frisé de mouiller les couches au moment de l’addition.

Dans tous les cas, il est vrai que c’est dur d’être un homme dans une société comme la notre où, alors que ces sales bêtes ont réclamé la parité pendant des lustres, c’est encore au mec de rincer, de tenir la porte, de faire tout comme il faut, sous peine de rester sur la béquille.

Tout cela nous amène à une conclusion frappante, d’une vérité froide: c’est finalement les filles qu’on paye qui nous coûtent le moins.

TGIF les copains

 

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