TGIF – Thank God It’s Friday | Pray For Paris

by • Nov 20, 2015 • T.G.I.F.Comments (0)3896

Bonjour à tous,

J’ai pas envie de leur accorder ça, je pensais pas vous faire une entrée solennelle pour la deuxième fois en moins d’un an, mais malheureusement le coeur n’y est pas. Je sais bien que la vie continue, qu’on va pas se laisser dicter notre façon de penser par des puceaux mal rasés mais force est de constater que, saperlipopette, cette semaine j’avais pas envie d’y aller grassement comme d’habitude.

J’ai pas envie de leur accorder ça, mais notre pays a donc une nouvelle fois basculé dans l’horreur. Pays des Droits de l’homme, terre d’asile, terre d’accueil, mais surtout terre à vin nom d’un cul, nous voici encore la cible d’attaques aussi faciles que lâches, aussi horribles que désuètes, aussi salopes qu’inutiles.

A l’heure où on peut recevoir des notifications dès lors qu’un gars un peu connu se pète la jambe à l’autre bout du monde, j’ai donc reçu ce putain de message “ALERTE: Fusillades à Paris”. Comme beaucoup, je me suis dis que c’était pas grand chose, certainement deux ou trois connards qui se mettaient sur la gueule histoire de garder le contrôle sur leur zone de chalandise et qu’après tout ça leur faisait du bien à ces cons de se nettoyer entre eux.

Et puis on était vendredi soir, on était au resto entre potes, on voulait décompresser, parler cul, foot, bagnoles, pognon, se dire que la vie c’est les copains, un pot de Saint Joseph et la délicieuse escalope milanaise qui trônait fièrement dans mon assiette.

Bref, j’avais reposé immédiatement mon téléphone, certain que mon pays allait bien, persuadé que de toutes façons un vendredi soir tout le monde va bien.

Quelques minutes après, deuxième alerte iPhone “ALERTE: Fusillades au Stade de France, François Hollande évacué”. “Nom de Dieu, les gars je crois que ça chie solide à Paris” a dit un pote, lui aussi les yeux rivés sur son téléphone, les mains quasi tremblantes.

Et là l’horreur. Je chope mon téléphone, vais sur Twitter, lis des messages annonçant 10 morts ici, 15 morts par là, fusillade à la Belle Equipe, prise d’otages au Bataclan, des terrasses de café transformées en fosses communes… Immédiatement, on sait qu’on est en train de vivre un moment dont on se rappellera toute nos vies.

J’ai pas envie de leur accorder ça, mais c’est d’ailleurs à ça qu’on sait qu’on vit un moment historique, parce qu’immédiatement on a l’intime conviction qu’on se rappellera toute notre vie de ce qu’on foutait en apprenant cet évènement.

J’ai pas envie de leur accorder ça mais même les plus motivés de la bringue ont baissé pavillon et sont rentrés chez eux. Mais pas pour se convertir à leur religion qui n’a rien à voir avec l’Islam, religion de paix et d’amour, mais plutôt pour espérer les voir se faire latter la gueule à feu doux en direct sur BFM TV.

Malheureusement il n’en fut rien. Ces cons là avaient marqué le premier but, profitant d’un moment de relâchement chez l’adversaire qui, persuadé que la vie était belle, a voulu profiter des joies simples d’un vendredi soir dans la plus belle ville du monde. Et j’ai vraiment pas envie de leur accorder ça.

Après Charlie, je m’étais fendu en ces lieux d’une longue tirade, appelant modestement à cesser le communautarisme, expliquant que, aussi vrai que la France a autant de sensibilités sur son territoire qu’elle ne compte de variétés de fromages, on ne peut pas éternellement vivre en se tournant le dos et en faisant mine de pas pouvoir s’entendre vers un objectif commun de vivre en bonne intelligence.

Sans s’avancer sur les statistiques, on est quasiment sur qu’à peu près toutes les tranches de la population française étaient présentes sur ces terrasses et dans la salle du Bataclan. Rien qu’en voyant les interviews du lendemain nous présentant quelques rescapés, on se rendait compte qu’il y’avait des quarantenaires vieilles gloires du rock, des petites bourgeoises effarouchées, des beurettes préférant la 1664 au thé à la menthe, des feujs qui faisaient le Kiddush de shabbat à grands coups de Gin Tonic ou encore des militantes féministes, certainement vegan et mal épilées, venues déblatérer leurs merdes entre connasses.

Et bien tous ces gens, qui n’ont manifestement rien à voir entre eux, font de ce putain de pays millénaire une civilisation enviée dans le monde entier, copiée pour son art de vivre et pour sa propension à rentrer des pleines phalanges dans les culs de ceux qui ont décidé de les faire chier.

J’ai pas envie de leur accorder ça mais la France a mis le genou à terre. Toutefois, avant que l’arbitre puisse compter 10. Et puis la France s’est relevée. Déjà parce que, même si nous sommes un pays où la glande a été érigée au rang de patrimoine mondial immatériel, nous n’avons pas l’habitude de nous déguiser en feuille de choux pour se faire bouffer le cul par des lapins.

De fait, dès le lendemain, nous avons fait ce que nous savons faire de mieux: donner des leçons au monde entier. Et quand en plus ce même monde nous laisse faire par solidarité, la leçon devient un cours magistral.

Mes enfants que ce fut beau, les drapeaux Français sur Facebook, le hashtag #prayforparis, les monuments du monde entier aux couleurs de notre drapeau… j’ai pas peur de dire qu’en voyant tout ça sur Twitter via mon portable samedi matin, les yeux encore endoloris par une épouvantable gueule de bois sans alcool, j’ai chialé. Littéralement.

J’ai pas envie de leur accorder ça, mais je ne peux pas dire que j’ai pas chialé pour ces pauvres 129 personnes mortes pour rien, si ce n’est pour prouver au monde que la barbarie ne vaincra pas.

J’ai pas envie de leur accorder ça, mais ce carnage m’a blessé au plus profond de moi même, de mon âme de jeune occidental surement en dehors des vraies réalités, consommant tellement plus que nécessaire, s’inventant des problèmes qui partout ailleurs seraient des solutions.

J’ai pas envie de leur accorder ça mais j’ai été moi aussi submergé par la vague d’émotion qui a traversé la planète.

Notre pays qui, on ne va pas se mentir, est depuis des années complètement à la rue dans la distribution diplomatique, économique et géopolitique, est comme au centre du monde depuis vendredi soir. Bien sûr, un éloge funèbre ne parle que du bon chez le défunt et non de ses défauts…

Ceci dit, cette idée que la France reste un phare culturel aux yeux du monde, cette image hallucinante de la Marseillaise chantée dans tout Wembley, soit dans l’antre historique de l’ennemi héréditaire, ces larmes, ces soutiens, ces engagements, cette unité nationale et tout ce qui fait que nous sommes une grande nation, moi ça me la met dure !

Je sais bien qu’on s’était dit la même chose en janvier et que l’esprit Charlie n’avait pas duré bien longtemps, mais là j’ai bien l’impression qu’ils ont décidé de nous casser les couilles pour un petit moment, et qu’il va falloir qu’on leur explique tous ensemble qu’on n’a pas prévu de se oindre les miches pour les laisser nous la mettre.

Ils n’ont pas envie de nous accorder ça, mais ils savent qu’ils s’attaquent à une civilisation qui leur dit flute.

Ils n’ont vraiment pas envie de nous accorder ça, mais on va leur en mettre plein la gueule.

Vive la République, vive la vie, vive la liberté, vive la France.

TGIF…

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