TGIF – Thank God It’s Friday | En cloque

by • Jan 22, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)2390

Salut les coquins,

Vous allez dire que je fais une fixette depuis 3 semaines sur la mort et la maladie, mais j’ai entendu lundi soir que pour la 1ère fois depuis les années 60 l’espérance de vie avait reculé en France. Comme on aime bien trouver des raisons à tout, on nous a expliqué que ceci venait de la conjoncture défavorable et que donc, comme les gens flippaient pour leur avenir, ils hésitaient avant de mettre la petite graine dans la teuche de la maman.

Autour de moi, cette appréhension ne semble pas exister. Conjoncture ou pas rien à taper, ça se saute dessus allègrement et ça pond en batterie. Je ne sais pas quel est le projet des gens qui m’entourent mais manifestement ils se sentent investis d’une mission divine consistant à repeupler la planète.

Pas une semaine ne passe sans qu’on vienne m’annoncer l’arrivée prochaine d’un gluant violet et pleurnichard dont la vie sera pleinement consacrée au remboursement de la dette et au versement mensuel de nos maigres retraites. Bref chez moi, tout le monde tombe en cloque façon distributeur de boissons.

Généralement ces annonces sont entourées du plus grand mystère. Tout le monde s’en doute, les filles font des pronostics là dessus, argumentent sur le fait que “hier soir je l’ai croisé, elle était au coca…” quand une autre dira “Oui mais attends, elle fumait une clope l’autre jour” avant de vite se faire rétorquer que “Ouais enfin ça veut rien dire ça, quand tu fumes 1 paquet par jour comme elle, les médecins disent qu’il vaut mieux fumer 2 ou 3 clopes par jour que de tout arrêter…”. Bref, du coup personne sait rien et tout le monde fantasme pendant des jours et des jours jusqu’à ce que les deux futurs parents lâchent le morcif, généralement à un week-end entre potes ou pendant un diner, histoire qu’on puisse taquiner le goulot de la quille de champomy sans trop de scrupules.

Le moment gênant me concernant intervient juste après avoir félicité qui de droit, accompagnant généralement ma bise de l’amitié par un chaleureux “Top, je suis trop content pour vous” ou un discret “Bravo !” lancé avec un grand sourire et une voix de pédale. Ce moment gênant donc, c’est quand tous ces connards de gens mariés, soit disant heureux et parents ou futurs parents se retournent vers moi comme si j’avais 8 ans d’âge mental pour me dire pratiquement tous en choeur “Bon et pour toi c’est pour quand alors ?” comme pour dire “Bon et le grand con là bas au fond, quand est ce qu’il décide de devenir adulte ?” 

Maintenant j’hésite plus à balancer une immondice, histoire qu’ils la ferment une bonne fois pour toute et qu’ils retournent à leurs coupes de champe.

– Ce sera pour le jour où on pourra faire des gosses en se prenant une faciale dans le fond de la glotte ou quand j’aurai arrêté de jouer à faire atterrir ma future descendance dans mon nombril.

– Ah mais Buzz t’es immonde sérieux. De toutes façons avec ton séjour d’un an en Estonie t’as bien du avoir des gosses cachés là bas je suis sûr.

– Bah écoute si tu vas à Tallinn et que tu croises un mouflet de 6 ans brun et frisé tu m’appelles pour les formalités de test de paternité. 

A la réflexion c’est peut être pour ça que depuis un certain temps on préfère m’annoncer les grossesses par téléphone ou en tête à tête. Le risque de dérapage chute il est vrai considérablement…

Après l’annonce vient le temps beaucoup trop long des supputations aussi débiles que vaines pour préjuger du sexe du futur petit Jésus. Par pitié, j’en peux plus d’entendre des conneries du genre “Il parait que si tu bouffes salé ce sera un garçon” ou “le bébé part en avant je crois que ce sera une fille”. On a mis 250 millions d’années à réussir à faire une échographie, vous pouvez attendre quelques semaines pour avoir la réponse à vos questions, ça vous évitera de dire des conneries. D’autant que s’il avait suffit de bouffer de la charcuterie pour décider du sexe de son rejeton on se serait moins fait chier, sans parler de tous ces problèmes de succession sur le trône de France qu’on se serait évité…

A propos du sexe il y’a trois écoles: ceux qui attendent de savoir avec impatience et qui le disent à tout le monde, ceux qui veulent surtout pas savoir pour se garder la surprise, et enfin ceux qui veulent savoir mais qui ne veulent pas le dire aux autres. Bande de connards d’égoïstes d’ailleurs.

J’oublie tout de même une quatrième catégorie dont je fus la cause, à savoir ceux qui pensent pendant 9 mois qu’ils vont avoir une fille et qui finalement se retrouvent avec un gros tas de 4 kilos 2, dont 900 grammes rien que pour la bite. Ah c’est sûr, j’en ai surpris plus d’un le 30 janvier 1987 !

Et puis bien sûr, vient le temps merveilleux du choix des prénoms. Chacun fait comme il veut chez soi et pourtant tout le monde s’en mêle comme s’il s’agissait d’un brainstorming pendant une réunion de branding dans une agence de com. De toutes façons généralement on s’en branle de ça quand on est un mec, mais enfin comme on est obligé d’écouter, on prête un peu l’oreille en lisant l’Equipe.

Il y’a toujours la copine catho un peu odieuse et snob qui balance des prénoms que personne n’a plus porté depuis la dernière inquisition et la prise de Grenade.

– Si c’est une fille, tu peux l’appeler Léontine. 

– C’est un prénom ça, Léontine ?

– Bah oui c’est un prénom, mais toi à force de ne te taper que des Kelly et des Charlène c’est sûr que tu peux pas connaître les prénoms un peu chics…

– Ah bah j’ai bien fait de poser la question… 

La pote un peu fashionista sur le retour va évidemment nous sortir LE prénom qu’il faut donner à son gosse si on veut être considéré comme une famille à la pointe.

– Attends mais appelle le Marcel, c’est trop beau !!!

Non putain, Marcel c’est pas beau. C’est un vieux prénom qui a été porté par des tas de gens illustres, de Proust à Cerdan en passant par mon arrière grand-père, et surtout c’est le prénom du fils de Guillaume Canet et Marion Cotillard. C’est d’ailleurs juste ça qui vous intéresse. Ce prénom est en fait une marque qui renvoie une image de parents modernes, urbains, cools, un peu comme un iPhone, une paire de Stan Smith et un froc framboise Scotch & Soda.

Je veux pas balancer mais j’ai d’ailleurs l’impression qu’aujourd’hui l’enfant n’est plus seulement un être innocent et fragile qu’il faut nourrir, aimer et élever, mais c’est aussi un accessoire de mode comme peut malheureusement l’être un chien ou une coque de téléphone en bois massif Made in France. Il faut donc le marketer à mort pour que sa petite bouille soit assortie au bracelet, aux pompes et au sac à l’heure de l’emmener en terrasse dans sa poussette McLaren.

On aura également droit à toute la panoplie des Arthur, Margaux, Antoine, Oscar, Léonard, Léon, Gaspard et tous les prénoms de l’ancien testament, mais toutes finiront par s’accorder sur le fait que “De toutes façons tu nous évites un prénom Américain hein ?!”.

Et puis viendra enfin le merveilleux temps du dernier mois où deux conversations sur trois s’orienteront vers la copine pas là car avec le bide façon montgolfière.

– Et du coup elle est alitée là où ça va ?

– Non non ça va, mais bien fatiguée quand même, du coup elle est pas venue. Et puis ça peut se déclencher n’importe quand !!

La dernière semaine ce sera carrément un sujet obsessionnel:

– Et alors toujours pas ?

– Non je crois pas. T’as rien reçu ?

– Ah bah non attends je vérifie. Non j’ai rien reçu. Mais tu crois qu’elle nous préviendrait direct ?

– Ah bah j’espère sinon je la tue !!!

Et puis évidemment, le divin enfant finit bien arriver et montrer son crâne plein de sang et de liquide amniotique parfaitement dégueulasse. A ce propos, au risque de choquer, pour l’accouchement je serai assis en salle d’attente à fumer 12 clopes simultanément jusqu’à ce que l’infirmière vienne me chercher. Je sais pas si c’est parce que je l’ai jamais vécu ou si définitivement j’ai un problème de dégoût, mais je me sens pas du tout d’assister à ça et de voir ma femme avec Obelix entre les 2 cuisses.

Je vous passe sur le dimanche présentation où on se pointe tous chez les nouveaux heureux parents qui nous reçoivent dépressifs, blancs comme des culs de crémiers après 8 nuits complètes sans dormir et qui se demandent encore pourquoi ils n’ont pas continué à mener leur train train peinard en se mettant une capote sur le bout du zob.

Je dois bien avouer que je suis plus trop invité à ce genre de brunchs baby king où se mêlent hypocrisie et niaiserie, à grands coups de “Il est trop beau” et le fameux “Elle tient beaucoup plus de son père ou de sa mère alors ? Ah si si, elle te ressemble grave. Enfin elle le nez de son père, mais elle a carrément ta bouche”. C’est quand j’ai répondu un peu trop fort auprès d’un pote qui se faisait aussi chier que moi “et bah si elle se sert de sa bouche comme sa mère elle risque de finir avaleuse de sabre chez Bouglione” qu’on a décidé à l’unanimité que j’étais un connard insensible et que j’avais rien à faire dans les brunchs pour jeunes parents.

Ça tombe bien, le dimanche aprem y’a foot Anglais à la télé !

TGIF les copains, et insistez pour qu’elle prenne la pilule encore un moment… Comme disait ma regrettée arrière grand-mère “De mon temps y’avait pas de contraception. On tombait enceinte avant même d’avoir enlevé notre culotte”. 

 

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