TGIF – Thank God It’s Friday | Le miroir de l’effronté

by • Apr 03, 2015 • T.G.I.F.Comments (0)5575

Amis du vendredi, bonjour.

Après toutes ces heures passées à tacher tant bien que mal de vous distraire et de vous réveiller en ces vendredis matins qui chantent, l’auteur du TGIF est en grève. En patron digne de ce nom, il a refilé le taff à sa « stagiosse préférée » Stagiosse c’est comme ça qu’il m’appelle pour faire le malin au téléphone avec ses potes cadres dynamiques, entrepreneurs en herbe ou chômeurs en fin de droit mais subventionnés par papa. “Tu veux aller déjeuner ? Ouais pas de souci, je refile mon dossier à ma stagiosse et je te rejoins !” .

Cette délégation perpétuelle et en constante progression arrive aujourd’hui à son paroxysme; c’est moi qui doit pondre ce putain de TGIF et devenir enfin calife à la place du calife.

Il a été plutôt bon dans son approche il faut dire “Louise, ma divine, j’ai la compta de mars à boucler, le logiciel plante encore et toujours, et il faut que j’aille détacher le mannequin moldave qui doit se déshydrater sur mon plumard. Toi dont la beauté n’a d’égale que ton intelligence, peux-tu me faire une petite ébauche de TGIF sur les relations entre une stagiaire et son boss de peu son aîné ? Tu connais bien le problème, tu seras parfaite comme d’habitude.” 

Après un tel plaidoyer à la fois flatteur et sacrément fourbe, pouvais-je seulement répondre autrement que par la positive ? Non évidemment !

Stéphanoise expatriée en terres ennemies, je me demande parfois comment j’ai fait pour en arriver là.

Enfin si je sais: j’ai mis une profile pic option décolleté digne de l’instagirl avant mon entretien d’embauche. Stratégie risquée car ressemblant fort à de la publicité mensongère pouvant entraîner déception, voire répulsion. Instagrameuse instable, vie bien filtrée, arnaque des temps modernes… Est-ce que finalement je ne l’aurai pas berné avec ses propres armes ?

Au début j’avais un peu peur qu’il me drague je dois bien le reconnaître. 5 ans d’écart, des yeux qui traduisent un caractère franchement dragueur, et surtout une référence très explicite à mes photos Facebook pendant mon entretien d’embauche. Je partais pas sereine, bien que ne doutant pas une minute de sa conscience professionnelle.

3 mois après le bilan est sans appel: même pas une avance, une phrase de travers, un mot doux ou un petit “Louise, si tu veux qu’on se voit après le boulot tu sais que ça me ferait plaisir.” Rien, walou, nada, mes couilles à ski comme il dit. Je veux bien qu’il soit finalement très pro dans ses relations avec le petit personnel, mais là ça frise presque la vexation.

Toutes les publications Facebook, twitter, google + et autres, c’est bibi qui s’en occupe ! CM officieuse de l’Effronté, il est temps de vous parler de l’envers du décor. Car de mon mètre carré de bureau, j’observe -tapie dans l’ombre- la déchéance de la gente masculine des eighties. Mon boss étant l’exemple même de ces presque trentenaires vivant comme des prépubères, permettez moi messieurs de vous faire part de mon incompréhension.

En fait, être stagiaire d’un mec de moins de 30 ans capable de dire à toutes ses clientes au téléphone “ça va mon trésor ? T’as la voix fatiguée ce matin non ? Raconte moi ta nuit que je me caresse” ou ses clients, même de prime abord assez mal aimables “Comment ça va vieille branche ? Je me disais justement que je passais une journée sans emmerdeurs, c’était trop beau”, c’est compliqué à gérer.

Ces trentenaires là, dont il faut saluer l’endurance et une certaine réussite professionnelle pour leur âge, on les entend parler entre deux citrates de leur souhait de se caser avec femme et enfants, passer le week end « au vert », jurant à ses potes au téléphone que la vie d’artiste est derrière lui, qu’il serait temps d’arrêter les conneries, tout en me chuchotant “Louise, t’as pensé à mettre le site Internet de machin à jour ?”.

Malheureusement votre quotidien s’apparente à celui de vos années école de commerce et vous êtes plus souvent en boîte à balancer des selfies kiwis à tout votre snapchat plutôt qu’à établir le business plan de votre vie sentimentale.

Concrètement de vos 20 ans il ne vous reste que vos potes et votre soif de minettes écervelées sur fond de soirées alcoolisées. Mais voilà vous avez vieilli -et mal- et du coup je ne saurai que trop vous déconseiller de miser sur Tinder pour choper, on scroll gauche toute au vu de votre face bouffie par l’alcool et les années.

Tous les vendredis vous avez l’impression que le traditionnel afterwork du jeudi était un EVG, vous transpirez la souffrance à chaque pas, et le parquet de l’agence tangue telle une cale de navire. C’est ainsi que j’entends: “j’ai bu trois canons, j’ai dormi 3 heures et demi et j’ai des courbatures ». Triste.

De prime abord, je pensais être tombée sur un cas, me disant que l’animal qui me sert de patron était en fait heureusement unique en son genre et que la gente masculine devenait véritablement sérieuse à l’aube de la trentaine, passant ses week-ends entre dîners avec des amis, marché le dimanche midi et stade 2 pour clore les festivités. J’ai encore une fois été victime de mon optimisme maladif.

L’ado attardé vit et se déplace effectivement en meute. Clairement il ne s’agit pas d’une meute de loups, trop nobles, mais plutôt de chiens. De la casse naturellement.

Il faut les voir débarquer, ces jeunes vieux beaux, ou vieux jeunes moches, pensant impressionner la petite fille en recherche de stage grâce à leurs boutons de manchette Paul Smith, leurs fameuses cartes Visa Business rouges grâce auxquelles ils peuvent dire à voix (très) haute “Je peux vous demander une facture sans le détail s’il vous plait ?” avant de faire toujours la même blague à ses potes “T’as compris que la soirée part en notes de frais, on se la colle pas, on fait un séminaire”. Evidemment, le but de la blague n’est pas tant de faire rire les copains que de faire comprendre aux filles bêtement à l’écoute de leurs propos qu’ils sont chefs d’entreprise, et donc potentiellement à la recherche de jeunes stagiaires comme elles…

Si mon boss éphémère ne risque pas de m’en mettre plein la vue avec une A3, série 1 ou classe A financée par la boite qui de fait risquerait le dépôt de bilan à chaque fin de mois, ce genre de comportement semble malheureusement de rigueur chez cette caste bien à part. On se met un crédit pour la bagnole, on se met un appart un peu trop cher pour nous en se disant “ça passe”, on en met plein la vue aux pisseuses qui étaient bien trop petites pour voir Zidane en planter 2 en 1998, on se prend un contrôle de TVA… on connait la suite !

Heureusement, le boss est drôle mais il est sérieux et ne fait pas n’importe quoi avec sa boite. Elle se développe pas mal même, ce qui me permet non seulement de le tailler sur son propre site, mais de m’être même vue proposée un CDI à la rentrée…

TGIF les copains !!

 

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