TGIF – Thanks God It’s Friday | Business Trips

by • Nov 25, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)7342

Salut les coquins,

Les vendredis matins se suivent et se ressemblent. Après les vapeurs de Beaujolais la semaine dernière, c’est cette semaine un enivrant parfum de rhum qui accompagnait mes pas lourds et non assurés depuis mon plumard jusqu’à cette douche réparatrice.

Vais-je devenir raisonnable un jour ? Vais-je enfin comprendre que le jeudi n’est pas encore le week-end et que le vendredi matin il y’a école, ou plutôt “fête à bras” comme dit ma mère ?

Il faudrait.

Nous autres jeunes adultes sommes bien trop sollicités. Dans le boulot évidemment. Mais aussi le midi pour le déjeuner, et le soir pour boire l’apéritif. Même le dimanche avec les matchs de foot sur Canal +.

Et le lundi aussi.

– Il a pas envie de se faire un petit ciné des fois ? 

– Avec plaisir mon Tchétchène, y’a rien à la télé le lundi soir !

– Et bah voilà. Ce qu’on fait, on se retrouve au bistrot en face du ciné 1/2H avant le film, ça nous donnera l’occasion de se demander comment ça va.

– Vendu.

Bien sûr, 1 fois sur 2, on voit pas le film. Soit parce qu’on a raté la séance, soit parce que le litron de roteuse ingurgité avant ladite séance nous a envoyé 3 fois pisser pendant le film.

Enfin bref, qu’on soit clair, je suis pas contre ce rythme de vie un peu sympa, où on profite de nos derniers instants de jeunesse brute et sans merdeux à nourrir et à torcher. Enfin des derniers moments de vie où on peut laisser libre court à notre fantaisie et faire parler nos talents d’improvisation.

C’est juste que là je suis un peu nerveux parce que j’ai enchainé choucroute hier midi et tête de veau hier soir. Du coup, j’ai le bide qui fait un peu de contestation voyez.

Et puis je sais pas ce qui m’a pris. La folie des grandeurs surement, mais aussi une bonne dose de connerie, j’ai accepté un rendez-vous professionnel en capitale ce week-end, m’obligeant non seulement à écourter considérablement mon temps de week-end, mais aussi à me taper un petit business trip.

Certes, business trip est dans ce cas un bien grand mot mais cette expression m’a fait rêver toute mon enfance.

Je vais raconter ma vie:

J’ai eu un beau-père qui dirigeait je ne sais quelle entreprise qui s’étendait au delà des mers et des océans, et qui de fait partait régulièrement à l’autre bout du monde pour voir si les gens du coin appliquent bien les consignes. L’avion se posait souvent sur la piste à Rotterdam ou à Rio, et moi ça me fascinait.

Qu’on se le dise, à l’école, je partais pas favori pour une carrière internationale. Sauf à considérer que GO au Club Med rentre dans la catégorie.

Et pourtant, J’avais beau me trouver au summum de l’élégance avec mes frocs qui arrivaient au milieu du fion, mes sweats à capuche de fumeur de beuh et mes Osiris aux pieds alors que j’ai jamais été foutu de tenir debout sur ce machin, je rêvais de business class, de housses de costard Hugo Boss, de petits-déjeuners Continental depuis ma suite dans tous les Hilton de la Terre et de levrettes capotées avec des tapins réglées en frais professionnels

Bon et puis après, mes brillantes études m’ont conduit à pas foutre grand chose de bien sérieux et je commençais à me persuader qu’un chauffeur routier, sur le principe, était en business trip toute la semaine !

Deux ou trois coups de latte au cul plus tard, j’ai fini par réussir à vendre du vent et à enfin toucher du doigt cette ambition lointaine.

Le truc c’est que chez moi, les Business Trip, y’a pas de Hilton, y’a pas de costard, et y’a même pas d’avion.

Colmar, Nîmes, Valence, Dijon, Le Havre, Evry. C’est une liste non-exhaustive des destinations de ces fameux business trip que j’ai eu la chance de me taper.

De par le fait, l’escort girl eurasienne ressemble davantage a un tapin de parking gabonais pas toujours bien essuyé du client d’avant, et le petit-dejeuner continental a un goût d’oeufs brouillés de Campanil avec vue imprenable sur la ZAC, Zone d’Activité Commerciale comme ils disent pour embellir les patelins miteux.

Pour expliquer ce que je ressens dans mes business trip à moi, j’ai décidé de copier/coller mon ami Jason Chicandier qui, dans son ouvrage phare, traitait de la vie d’un petit commercial parti refourguer sa cochonnerie dans la France qu’on connait que grâce à Confessions Intimes.

“Michel Gardin arrive précisément à 19h26 dans le Campanile de la Zone Industrielle «Les Mouliniers».

Il a fait 4h21 de trajet au volant de son C3. Avec une pluie battante qui ne l’a pas lâché depuis Nantes et RMC pour compagnie.

Le lendemain à 08h45, il a rendez-vous avec le responsable des achats de la FRAMEX, Thierry Santolli. C’est un contrat à plus de 300 000 € qui se joue, Michel s’en cague un peu, il est responsable commercial depuis 23 ans chez RUBANI, il a l’habitude de ces négociations dont il connaît déjà tous les tenants et les aboutissants.

Il pourrait même parier sur le montant final qui sera inscrit au contrat.

Il pose sa valisette semi-rigide sur le lit, sort sa trousse de toilettes, plie soigneusement son costume beige et met sa chemise marron ainsi que sa cravate rayée de la même couleur sur un cintre. Il met son pantalon souple en toile et ses mocassins ANDRE et descend dans la salle du restaurant de l’hôtel.

Un type, la petite cinquantaine, comme lui, mange des betteraves en regardant BFM TV sans le son, l’œil aussi vif qu’un brochet argenté. Michel commande une bière et se lève pour se servir au buffet froid : quelques bulots, du taboulé oriental et une salade de choux pour commencer.

Quand le serveur revient avec sa bière il en profite pour lui commander un quart de rouge et le filet de porc à la moutarde en plat de résistance. L’autre gars qui a fini de manger se lève et salue Michel qui lui répond par un hochement de tête.

Michel termine par une tranchette du brie en plastic du menue et la moitié des profiteroles au chocolat.

Il retourne sans sa chambre, envoie un texto à sa femme Catherine pour lui dire que tout va bien et met la télévision. Y’a un téléfilm sur France 3, il prend l’histoire en route, ça se passe dans un village normand dans les années 60’s où le Maire a été retrouvé assassiné dans sa baignoire.

Il regarde jusqu’au bout. C’était sa maîtresse la meurtrière, comme toujours. Ensuite il va sur la chaîne payante, il tombe sur un film porno de 1996 « The Hide Woman » de Jeremy Basna avec Kathy Monroe et Elizabeth Turney, il se masturbe sur son lit en regardant la scène où les deux actrices américaines se complimentent la palourde dans un jacuzzi.

Au bout de trois minutes, il jouit dans son caleçon « Snoopy » et passe un petit coup de sopalin dans l’bazar pour éviter la sensation mouillée.

Michel éteint alors la télévision et la lumière et s’endort dans le bruissement des camions qui traversent le périphérique.”

J’ai bien l’impression que le business trip de ce week-end va ressembler à ça, sauf que les “hôtels de semaine” quand c’est le week-end, ça donne vraiment envie de se faire un noeud coulissant.

TGIF les copines.

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