TGIF – Thank God It’s Friday | Crise de la trentaine

by • Mar 11, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)2482

Salut les coquins,

Oui je sais, la semaine dernière je n’ai rien trouvé à vous raconter en ces lignes et j’ai lâchement prétexté un enlèvement par des sauvageonnes mi-yetis mi-reines des neiges pour pas complètement perdre la face. Si, comme on dit dans le Dauphiné, je vous présente toutes mes confuses, je dois dire que je ne m’attendais pas à une telle levée de boucliers de votre part, bande d’intrépides.

9H du matin, alors que je roupillais salement dans la bagnole qui m’emmenait sur les pistes enneigées, les premières insultes ont commencé:

– Dis donc, je suis sur mon ordinateur la, y’a un bug ou t’as pas pondu de TGIF cette semaine ?

– Ouais j’ai vraiment pas eu le temps, pas de TGIF aujourd’hui mon vieux.

– T’es vraiment une faignasse bordel…

Droit dans mes bottes mais avec un semblant de mauvaise conscience, je commençais à me dire que, effectivement, c’est mal de faillir à sa mission. Si le petit ange au dessus de mon épaule gauche me disait “c’est pas bien, il faut vite que tu écrives un petit truc pour remplir tes engagements”, le petit diablotin de l’épaule droite m’a clairement dit “2 ans et demi que t’as pas raté un épisode, qu’ils aillent crever”. 

Comme on se dit tout et que je vous dois quand même un semblant de vérité, je vais vous donner la véritable raison de ce manquement à mes engagements hebdomadaires: j’en avais plein la tronche, plein le cul, plein les bottes, pas envie, marre… enfin tout le lexique du mec qui a momentanément rien envie de branler et qui veut juste retourner à l’état végétatif, le fil de bave reliant la lèvre inférieure à la télécommande.

Je ne suis pas spécialement superstitieux, mais depuis quelques années je me méfie de la période fin février-début mars comme de la peste. Allez savoir pourquoi mais cette quinzaine est mon triangle des bermudes à moi, une espèce d’amen corner pendant laquelle tout ce que je touche se transforme en merde et où mes coussins d’ordinaire douillets deviennent des poings prêts à me fister.

Les autres années, je décidais de passer ces 2 semaines merdiques au bistro histoire de traverser le désert sans trop y penser.

Une chanson disait fut un temps “Quand t’es tellement loin que tu t’en bats les couilles du prochain, rien ne vaut tes trois copains: vive le chocolat, l’héroïne et la vodka.” Bon, pas de bol, j’aime pas le chocolat et je ne peux plus boire une goutte de vodka depuis mes pérégrinations douteuses en ex-URSS. Quant à l’héroïne, j’espère ne pas avoir besoin de préciser que ce n’est pas le genre de la maison. L’effronté est bien élevé.

Si nous aimons nous fendre la gueule nous ne transigerons pas avec le principe de la modération, du “il ne faut pas abuser des bonnes choses“, du “toutes les bonnes choses ont une fin” et toutes ces conneries de pisse-froid qui nous font croire que nous vivrons vieux et heureux. Pourtant, lorsque trop c’est trop, qu’on a l’impression de bosser comme un âne pour pas grand chose en retour, que notre vie pro masque le perso et qu’on en a clairement plein le cul, rien ne vaut un week end de débiles avec les copains. Une vielle tantine acariâtre et mal baisée m’a dit une fois “Alors c’est ça être jeune ? c’est s’exploser la tronche jusqu’à pas d’heure, se lever à midi le museau dans une bassine et remettre ça au Ricard dès le midi ? Je vois vraiment pas l’intérêt…”. Faut bien le reconnaître, c’est pas très intelligent. Mais pour oublier les pignoufs dans son genre il vaut mieux y’aller avec quelque chose de sérieux.

En 2016, je me suis dis que j’étais désormais un adulte responsable devant la loi et qu’il était grand temps d’affronter le terrain comme un homme, avec ma bite et mon couteau. De fait, je me suis donc introspecté comme une ado boutonneuse, pucelle, laide et certainement mal-odorante.

Et du coup, les remèdes de bonne femme peuvent avoir du bon puisque je pense avoir mis le doigt sur ce qui me casse les couilles: les autres, leur basculement vers l’âge adulte et l’espèce de bonheur affiché sur leurs bouches en coeur.

En fait je crois que ce qui m’emmerde, surtout, c’est le changement de nos modes de vie, de nos façons de se recevoir, de concevoir les choses et nos discussions. Mais je dois être chelou avec l’évolution.

Ça a commencé avec le dépucelage. Je me rappelle avoir fait une fois ce constat nostalgique “putain j’ai plus de potes puceaux” comme si le fait que tous les copains aient fait sprinter l’unijambiste nous avait transformé en adultes. Je l’ai ensuite fait avec le bac, puis “putain j’ai plus de potes étudiants” et j’ai comme l’impression que je vais pas tarder à pouvoir le faire avec les potes mariés vu la tournure que ça prend.

Enfin bref, là le constat sur le relatif passage à l’âge adulte m’est apparu comme limpide à la suite d’une succession de soirée auxquelles j’ai eu la chance d’être convié.

Peut être que j’ai pas vu le temps passer ou que je suis un gros beauf arriéré, mais l’époque des bringues à la zob à 25 autour d’une table pleine de cendres, de verres publicitaires de vodka/pomme renversés et de miettes de Pringles me paraît pas si lointaine que ça. Alors bon, on est d’accord que ce type de soirée ne me ferait plus rêver aujourd’hui, faut pas déconner, mais là nous sommes surement tombés dans l’effet inverse.

Non parce que c’est fini l’époque où on se pointait avec sa quille de whisky, son paquet de clopes, qu’on se jetait sur un canapé et qu’on basculait des godets jusqu’à plus soif. D’ailleurs, la gueule des invitations a quelque peu changé, au moins dans la forme.

Quand on avait 20 piges, ça ressemblait plutôt à ça:

” Salut les gars, mes parents se sont barrés en week-end et du coup j’ai l’appart peinard ce soir. Venez avec qui vous voulez mais surtout armés jusqu’aux dents histoire qu’on se loupe pas. A 1H tout le monde dehors, migration vers un bar”.

C’était pas bien intelligent, on est d’accord, mais au moins l’objectif ainsi que la stratégie étaient clairement affichées.

Aujourd’hui les invitations ressemblent plutôt à ça:

“Hello tout le monde. Je vous attends tous samedi soir à l’appart à partir de 20H30 pour un petit apéro dinatoire. Vos +1 sont évidemment convié(e)s. Nous nous occupons du diner, on vous laisse vous occuper du vin. Merci de nous confirmer votre présence avant vendredi. Bonne semaine à tous”.

Si au final on ressort de l’appartement à peu près dans le même état que lorsqu’on avait 20 piges, on fait pas d’un âne un cheval de course, l’idée de départ était pourtant bien différente.

Les occasions de nous rappeler que nous sommes désormais des adultes, que nous ne sommes plus des soiffards immondes et immatures, que nous avons des responsabilités, des jobs, des avis d’imposition et des premiers cheveux blancs sont suffisamment fréquentes pour nous laisser nous décheniller comme des gosses le week-end bordel !

Et puis alors depuis quelques mois, je ne peux pas me faire une seule soirée sans que je me fasse surprendre par la discussion qui me donne l’impression d’être un connard. Pourtant à la base tout se passait bien.

On commençait par une petite discussion boulot, admettons.

Puis la “maîtresse de maison” était venue nous demander un coup de main pour “toaster le foie gras”. Un peu too much mais pourquoi pas.

Puis de retour au salon, pendant qu’on me sommait d’ouvrir une bouteille de champagne, un pote m’expliquait, faisant mine d’être au bout du scotch, avoir pris une cuite il y’a 4 jours et qu’il ne s’en était toujours pas remis. C’est bien triste mais oui, on vieillit un peu.

Et puis c’est là que le drame est arrivé, malheureusement pour la 12ème fois en 2 mois.

Parce que les mecs commencent à bien gagner leur vie, qu’ils ont une meuf, parfois même des gosses, qu’ils ont troqué les jeans Diesel contre des machins en velours côtelé framboise ou vert pomme “Y’a des soldes sur le site de Ralph Lauren” et que, malgré la crise, ils ont l’impression que l’avenir est radieux, il faut qu’ils causent comme des quarantenaires:

– Et toi alors ? Tu cherches pas à acheter un appartement ?

– Ecoute si, avec Margaux on cherche la. On est tombé sur un T3 hyper sympa, on va surement faire une offre la…

– Ah trop cool ! Vous avez un gros apport ?

– Oui, et puis là on a trouvé un prêt sur 20 ans avec un taux assez bas donc c’est le moment…

– Ah oui oui, c’est clairement le moment là ! Et en plus dans ce quartier y’a une énorme opportunité de plus value donc trop bien quoi.

– Grave !! Et toi Buzz alors ? Toujours en coloc ?

Je veux pas faire la pleureuse ou avoir l’air de me sentir persécuté, mais sous couvert d’une question faussement anodine, on est d’accord qu’en lisant un temps soit peu entre les lignes, on pouvait comprendre aisément “Et toi alors tocard ? On joue toujours avec son caca ?”.

Premier coup de latte dans la gueule et, déjà, les bulles de champagne montent au cerveau en gueulant “tocard, attardé, fous toi un coup de pied au cul”. 

– Ecoute oui, toujours en coloc. Tu sais ma boite est toute jeune, c’est compliqué d’arriver chez un banquier pour emprunter pour le moment, on verra dans 2 ans… 

C’est ce que je répondais avec un petit sourire genre sûr de moi. Intérieurement, j’étais surtout en train de me dire que j’avais chié dans la colle, que j’étais en retard et que vu ma situation, autant dire à mon banquier “j’ai le SIDA qui en veut ?”.

La petite sauterie reprenait son cours, moi tentant d’oublier dans le whisky ce premier Trafalgar de la soirée, m’auto persuadant que de toutes façons moi aussi j’étais un adulte, eux continuant à parler taux d’intérêt, charges de copropriété et taxes foncières. Mais c’est quand j’ai assisté au concours de bite autour de l’éternel sujet “J’ai 30 ans, je gagne bien ma vie, je me prends une BMW ou une Audi ?” que moi et ma Twingo on a décidé de rentrer foutre la viande dans le torchon.

De manière plus globale, on dit que la crise de la quarantaine vient de la comparaison que l’on fait entre l’homme qu’on voulait être et l’homme qu’on est. Je me suis jamais tellement penché sur la crise de la trentaine mais je serai pas surpris que ça vienne de la comparaison entre le post adolescent qu’on a été il y’a pas si longtemps et l’adulte que la société nous oblige à être.

Bien heureusement, ma santé psychologique va très bien. En fait, je voudrais juste qu’on arrête de me dire en permanence que j’ai plus l’âge pour ci et plus l’âge pour ça, que je vais me marier avec les premières divorcées ou avec les timbrées dont personne n’aura voulu, et surtout qu’à 30 ans, les bases doivent être posées.

Je sais que c’est la vérité, mais vos gueules.

Je crois que l’année prochaine, si je refais ma traditionnelle crise de la fin de l’hiver, je vais privilégier le bistro à l’introspection. On n’avancera pas plus vite, mais au moins on se fendra la gueule.

TGIF !!

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