TGIF – Thank God It’s Friday | Je t’update asap !

by • Feb 26, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)2310

Salut les coquins,

Une fois n’est pas coutume, et on ne sait d’ailleurs pas très bien au bout de combien de fois ça devient coutume, je m’étais auto-convaincu que cette semaine j’allais pas me faire chier à venir gratter mes inepties hebdomadaires.

Dès lundi 8H, accoudé au petit bar du coin dans lequel vous prolongez le week-end en lisant L’Equipe avec un petit noir, vous aviez compris que la phrase “Avec les vacances l’activité va être au ralenti” serait le tube de la semaine. Autour de vous, de l’éboueur rentrant de son service tout guilleret que les bourgeois du quartier se soit barrés sans vider leurs poubelles aux vieux briscards du commerce B to B, tout le monde le prédisait en feignant de s’en plaindre.

Comment ça va ma chérie ? T’es pas en vacances ? 

– Bah non comme tu le vois, fidèle au poste. J’étais trop charrette pour me barrer cette année, j’ai une To do list longue comme le bras et je vais profiter que ce soit un peu plus calme cette semaine pour avancer un peu. 

En entendant cette phrase mon sang n’a fait qu’un tour. Etant moi même dans le milieu de la com, je suis imprégné de ces expressions de jeunes connasses bonnes mais mal baisées depuis mes premiers stages en entreprise.

On va encore dire que je ramène tout à moi, même si dans un sens c’est moi qui me casse le cul à trouver un sujet toutes les semaines, mais j’ai un souvenir plus qu’intact de mon premier stage dans un service com d’une entreprise. J’avais 21 ans, je débarquais à la capitale et j’allais bosser dans le service com digitale d’un célèbre magazine féminin.

5 petites minutes après m’être présenté à une hôtesse d’accueil, j’avais déjà compris que ma langue maternelle et mon score honorable au TOEIC n’allaient pas m’aider plus que ça.

– Hey Adrien, c’est toi le nouveau stagiaire ? Cool, super, top !! Je suis super heureuse de te rencontrer. Moi c’est Emilie et tu seras mon petit bout de chou, je serai ta maîtresse de stage, tu pourras m’appeler soit Emilie soit Maîtresse, non je déconne hahahah Emilie ça suffira, enfin si tu veux m’appeler Maîtresse fais toi plaisir hahaha. Bon je t’explique, là je vais me faire un Caf, je me fais briefer par le dircom sur un prochain deal avec un gros client et ensuite je reviens te voir pour te dire ce que j’attends de tes petits doigts de fée. Ok pour toi ? 

Dans un premier temps, je me suis persuadé qu’elle se la jouait comme les médecins qui te balancent des mots imbitables histoire de te faire comprendre qu’ils sont au dessus de toi dans la chaine alimentaire. Je me suis aussi persuadé qu’elle était speed pour faire un peu comme les GO du Club Med qui t’accueillent à 6H du matin en dansant et en souriant comme s’il était 21H, l’air de dire qu’ici c’est trop cool et qu’on est déjà trop des potes d’enfance.

Bon, évidemment, j’ai compris assez vite que cette forme éblouissante venait de la cocaïne et que ce putain de lexique allait être mon lot quotidien pendant plusieurs mois.

Vous êtes allés à l’école, avez appris votre grammaire et votre orthographe histoire de pouvoir briller en société et vous adapter à la vie en entreprise. Sincèrement, au bout de 2H de stage com avec des Parisiennes pures souches, j’ai réalisé la perte de temps qu’avaient constitué mes cours de Français.

– OK Adrien, donc comme je te disais j’ai vu le dircom. Du coup on va pouvoir attaquer tous les 2 là dessus. T’as bu un caf ? Non ? Tu veux quoi ? Attends on va y’aller ensemble la machine bug.

– Ok avec plaisir, en revanche à la base je fais une école de commerce, pas forcément de la com, du coup il va falloir que tu m’expliques, ou que tu me montres ce que tu recherches vraiment.

– Evidemment mon chou, je vais te faire un brief sur les banners qu’à demandé l’annonceur. En fait c’est un truc qu’on a dans le pipe depuis un moment mais comme d’hab on était JUSTE complètement sous l’eau et on s’y prend à 3 jours de la deadline. 

– Ah oui, à 3 jours de la…

– Oui de la deadline. On sait pas ce que ça veut dire en province ? 

Moi, me sentant d’un coup analphabète et venant d’une région très très reculée:

– Si, si bien sûr…

Emilie, 35 ans mais qui a arrêté de compter le soir de ses 30, chatain foncée avec des pointes plus claires et clairement affutée compète, était à l’époque invariablement sapée avec un bermuda sur collants foncés finissant leur course dans une paire de repetto du lundi au jeudi soir. Le vendredi, son friday wear se bornait au port d’un jean brut extra slim pour mettre son cul de 12 en expo, complété par une chemise à carreaux et une paire de bottes en daim marron. Pour l’occasion, elle laissait tomber ses lunettes carrées pour, probablement, une paire de lentilles.

– Ecoute le mieux, je te shoot un mail avec tout le brief, tu verras c’est très complet, tu te l’appropries bien comme il faut et si t’as un souci tu reviens vers moi. Et puis avec la team on a organisé un dèj dans le petit resto Libanais de la rue de Ponthieux histoire de te présenter à tout le monde. 

Mes enfants, ce déjeuner qui date pourtant de mars 2008 (bordel ça fait 8 ans !!), est encore bien gravé dans ma mémoire. Il faut bien admettre que je cumulais plusieurs tares pour un petit mec de 21 piges débarquant à la capitale dans un magazine féminin.

– Hello tout le monde – dis donc toi, je t’ai croisé au Baron samedi soir non ? Ah t’étais au Cab ?? Quelle horreur ! – je vous présente notre nouveau stagiaire Adrien, qui nous arrive donc de province, de Lyon je crois ? Et qui va travailler avec nous pendant 6 mois. 

C’est là que le seul mec de la table, Arnaud, ou Boris d’ailleurs je sais plus, blondinet ultra looké, prend la parole sans me regarder:

– Ah non mais autant j’ai rien contre les provinciaux, mais au moins prenez les homos quoi !!!

Eclat de rires général, pendant que moi, en pleine tachycardie, rouge comme une tomate aux OGM, étais obligé de montrer que je savais m’intégrer, que j’avais de l’humour et du répondant. J’avais bafouillé une réplique sans intérêt du genre “ah bah oui, provincial et hétéro, j’ai vraiment beaucoup de défauts !” prononcé avec un sourire largement forcé et ayant d’ailleurs fait un bide total.

Après avoir répondu aux questions d’usage, à savoir si je m’en étais sorti avec le métro ce matin là (et du coup après les avoir estomaqué en leur expliquant qu’à Lyon aussi il y’a le métro), si éventuellement j’avais de la famille à Paris pour me faire visiter la capitale et si à Lyon on skiait tous les week-ends, on est de nouveau rentré dans le vif du sujet.

– Bon, Adrien est dans une école de commerce et n’est pas spécialiste des médias, que ce soit d’un point de vu presse ou annonceurs. De fait, je vous demande à toutes – et tous pour toi Arnaud, quoi que – de faire preuve de patience dans un premier temps et de lui faire des feed-backs réguliers sur ses drafts.

Tout le monde a hoché la tête comme pour dire “pas de problème le bouseux, on va te mâcher le boulot” pendant que je me remettais de ma fausse joie d’avoir entièrement compris une phrase jusqu’aux 3 derniers mots.

– Adrien ? Un truc à ajouter, non ? Et bah écoute… Welcome on board !!!

14H, retour dans mon bureau et mon premier mail “pro” arrivait sur ma nouvelle boite. Il provenait d’une nana bien cool avec qui j’avais sympathisé pendant le “dèj” et qui m’avait promis de m’envoyer “des docs que je te conseille de lire tant que t’es pas trop charrette. Parce qu’après tu vas te prendre une to do list de 3 pages et tu seras beaucoup trop sous l’eau pour lire tout ça”

Effectivement, 4 ou 5 pièces jointes et juste de mystérieuses initiales pour un mioche de 21 balais. “FYI”. Pensant à une erreur et voulant la jouer détente avec cette nana avec qui j’avais vraiment bien rigolé, je lui répond pour déconner “Fuck You Intern ?”, traduction littérale de “vas te faire foutre le stagiosse ?”. La réponse, lapidaire, ne s’est pas faite attendre. “For Your Information… Bonne lecture Monsieur le Lyonnais”, avant de tout de même prendre pitié de moi et de me renvoyer “Si jamais t’as un souci avec quelques termes techniques LMK”. 

Evidemment, c’est sur Google que j’ai compris qu’elle voulait dire Let Me Know…

Bref, si dorénavant j’ai moi aussi pris la mauvaise habitude de remplir une To-Do List que j’appelle d’ailleurs “Ma Toudou”, qu’il m’arrive d’organiser un “Brainstorming au bureau pour te trouver un nom pour ta marque, parce que perso le branding c’est pas trop mon truc”, que je n’ai aucun souci à “prendre le lead sur une prèz pour que le client donne son go”, et même a expliquer à un sous-traitant, appelé supplier, que je vais “l’updater asap en confcall”, il y’a en revanche une expression de petite pute de la com que je n’arrive pas à utiliser.

Non, mesdemoiselles, “Merci de” ne vous fait pas passer pour une fille à la pointe. Mais oui, il vous fait passer pour une connasse autoritaire.

Continuez donc à nous enfumer la tête et à vous gargariser avec vos anglicismes, mais de grâce restez courtoises.

TGIF, bonnes vacances aux petits veinards !!

 

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