TGIF – Thank God It’s Friday | Paris libéré

by • May 08, 2015 • T.G.I.F.Comments (0)2698

Coucou.

Y’a de la joie, bonjour bonjour les hirondelles, y’a de la joie, partout y’a de la joie !

Optimisme et air guilleret en raison de ce beau soleil qui semble enfin bien vouloir nous biffler avec ses gros rayons en cette délicieuse journée de jeudi 7 mai, veille du jour où vous lirez ces quelques lignes malgré votre absence au bureau, accompagné d’un filet de bave reliant votre bouche à votre clavier.

Il y’a exactement 70 ans, l’armistice était signé, reléguant le tube de l’été “Maréchal nous voilà” au rang des chansons ayant pris un coup de vieux. L’armée américaine rentrait dans Paris et dans les Parisiennes, tandis-que les petites Françaises amatrices de choucroutes et de grands blonds se faisaient rafraîchir le contour d’oreille avant l’été.

Bon en fait pour être tout à fait exact avec l’histoire, Paris avait été libéré depuis Août 1944, célébré par le discours du Général “Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré !”

Ah Paris… entre mes 15 et mes 20 ans je rêvais d’y habiter. Dans mon imagination, tout serait mieux à la capitale. Tout serait plus brillant. Il y’aurait la Tour Eiffel, je ferai les courses de Noël sous la neige Boulevard Haussmann au son de Let it snow, et puis ce serait super, mes copines seraient bonnes, bien fringuées, habiteraient la rue Jacob ou la rue de Seine et se barreraient en Normandie le week-end dès l’arrivée des premiers beaux jours.

En fait ce qui m’attirait vraiment à Paris c’était le côte festif. Les fameuses soirées parisiennes, les boites de nuit incroyables qui à l’époque étaient l’Etoile, le VIP et même les Bains Douches, les apéros au Costes ou au Buddha Bar.. bref, tout ce que Paris nous envoyait en province compilé dans des CD bien marketés avec du son tout juste bon à être diffusé dans un bar lounge de banlieue mais qui faisait rêver l’adolescent que j’étais. Frédéric Beigbeder avait d’ailleurs une phrase bien trouvé à ce sujet. “Je suis ravi que des bistrotiers aient inventé des lounge bars et des lieux à apéros plus chers qu’ailleurs, ça permet aux provinciaux de se croire dans le centre du monde et pendant ce temps là les vrais Parisiens sont peinards au Flore”.

Il faut dire qu’à l’époque j’étais un sacré gros con. Etant tombé tout à fait par hasard mais tout de même des deux pieds dans l’amour de la bringue et des boites de nuit, je ne jurais que par les endroits connus, les place to be, le VIP Room de St Trop, les Caves de Courchevel, le Baron à Paris… tous ces trucs où j’allais très logiquement me prendre une porte et, dans l’hypothèse très mince où on me laisserait rentrer, me faire découper au moment de commander un verre de 4cl. J’avais d’ailleurs conseillé au barman de l’Etoile, rebaptisé aujourd’hui L’Arc, qui venait de me servir un whisky coca à 16€ de rehausser son tarif à 30€. Quitte à donner dans l’obscène, autant le faire avec panache.

Joignant la parole aux actes, j’ai fini par quitter mes bonnes terres lyonnaises et le confort d’un appartement familial avec ascenseur, balcon, toilettes séparées et frigo plein pour aller me frotter un peu à la vie parisienne… en stage dans un magazine féminin bien connu.

Mon père m’avait alors regardé droit dans les yeux, et lancé un lapidaire “Tu pars faire un stage chez eux ? Tu te prends pour Cathy Guetta ?”.

Cette allusion qui m’avait paru, si ce n’est grotesque, au moins déplacé, m’a finalement très vite paru limite sous-évaluée.

Bienvenue dans la vie parisienne, au sein d’une revue de mode quelque peu ringarde mais encore tenue à l’époque par des filles dans le vent, payées au lance-pierre mais bonnes comme des queues de langouste, attendues tous les soirs par des sportives allemandes, italiennes ou anglaises en bas du bureau conduites par des vieux beaux dont le nez reniflait un peu trop pour la saison. Tous ces gens qui brillent, qui nous expliquent qu’ils connaissent la Terre entière, que Paris est la seule ville digne de ce nom en France… Comme dit le copain Jason, à Paris on ne rencontre jamais les vraies stars mais uniquement ceux qui prétendent les connaître. Autrement dit, on va passer nos soirées avec le psy de Loana, le dentiste de Daniel Ducruet et le proctologue de Lova Moor, mais le soir de la sortie du dernier album des Daft Punk on sera plutôt en train de se bouffer un “Grec” place de Clichy qu’au Grand Rex avec les Happy Few.

Au boulot, il a bien fallu attendre deux semaines pour que quelqu’un daigne m’adresser la parole dans le bureau full luxe des Champs-Elysées. Puis un jour, une grande tige qui répondait à mes bonjours par le même “Hum” tout en regardant ses pompes, a fini par faire passer son cul format timbre poste au travers de la porte de mon burelingue. “Toi le petit trainee, si ça te branche on se fait un dèj à midi. Si tu veux pas qu’on t’update tous les quarts d’heure jusqu’à la fin de ton stage ce serait pas con que tu viennes, on se fait un brief sur les prochaines opés à mener.” Cette phrase donnant envie d’aller chier dans son birkin pendant la pause fut globalement la seule et unique phrase qu’on m’ai lancé durant 4 mois de stage, avant que la fille du patron vienne faire son job d’été, que je m’occupe de son cas, qu’on s’engueule entre midi et deux, qu’elle lance tout fort dans l’open space qu’on a couché ensemble, et que son boss de père me dise un matin où j’arrive en retard “Adrien la réunion commençait à 9H, pas 9H15. Enfin il faut dire que vous ne connaissez peut être pas encore très bien le chemin depuis chez ma fille à Boulogne…”

Enfin il faut d’abord prendre Paris par le commencement, le jour où on sort du TGV et qu’on se dit que cette fois ci on n’est pas venu déguisé en feuille de chou pour se faire bouffer le cul par des lapins.

Qui dit Paris dit Tour Eiffel ? Possible ! Qui dit stage à Paris ? 6ème sans ascenseur…

Premier jour à la capitale, après avoir perdu 12 litres de flotte pour monter jusqu’à la chambre de bonne adorablement prêtée par feu mon parrain dans le 9ème avec mes 2 valises de 25 kilos chacune, je commençais à toucher du doigt le rêve parisien: 7 mètres carrés, un velux donnant sur rien, douche et chiottes sur le pallier, pas de wifi ni micro-ondes, le tout à 45 minutes de métro de mon bureau. Remarquez, se faire cuire un steak sur un réchaud électrique tout en restant allongé dans son lit, c’est une expérience.

Rassurez-vous, j’ai bien fini par me trouver une cage à lapin un peu plus grande et fonctionnelle, avec tout le confort moderne comme on dit. C’est d’ailleurs depuis ce jour là que j’ai compris la différence entre l’époque moderne et l’époque contemporaine. Mais enfin je n’avais pas le droit de me plaindre, j’ai obtenu ce sublime 2 pièces de 27 mètres carrés pour la modique somme de 950€ par mois grâce au principe du premier arrivé premier servi lors de la visite collective où 80 jeunes cons comme moi s’entassaient fébrilement dans la cage d’escalier miteuse avec des fiches de salaire de leurs 12 garants qui dépassaient de leurs pochettes pour pouvoir enfin vivre le rêve parisien.

Mais c’est ça Paname ! On appelle ses potes restés à Lyon qu’on prend désormais pour des pouilleux, et on leur parle du véritable conte de fée qu’est la vie à Paris, la joie qu’est la notre tous les matins en sortant du métro à Franklin Roosevelt et de traverser les Champs-Elysées, l’arc de triomphe à gauche, l’obélisque à droite “ça va les gars ? Ecoute niquel même si un peu mort, putain Paris ça arrête pas quoi.” Le but étant, par ce sous-entendu, de faire croire qu’entre le boulot et les soirées au baron je savais plus où donner de la tête. On est d’accord, tout le monde sait qu’une fois le loyer payé, les courses faites et le Pass Navigo rechargé on n’a plus un radis pour s’offrir un pack de Badoit au Monoprix d’en bas. D’un autre côté, 6 étages à pied, on n’achète pas de packs de Badoit…

En tant que Lyonnais, l’intégration à Paris n’est jamais bien facile, avec toujours cette impression de justifier que si, si, nous sommes quand même civilisés et que, non, non, je ne vais pas tenter de te mettre un coup avec une fourche. Parce qu’en fait mon père n’est pas paysan.

Ayant eu le chance de connaître des Parisiens lors de différents voyages, j’ai été invité à une soirée par des potes Boulevard Montmartre dès mon premier soir en capitale. Nous sommes en 2008, la moyenne d’âge est de 23 ans, j’en ai 21, ils sont tous en chemise à carreaux, bonnet et petite barbe, Air Max aux pieds tandis-que les filles ont des robes et du rouge à lèvre. Je suis Lyonnais, nous en sommes encore au jean diesel pour les filles comme pour les mecs, avec une chemise blanche et une paire de Santoni aux pieds. Concrètement, je suis aussi à l’aise que si j’étais à une soirée en étant le seul déguisé et les mecs me matent de la tête au pied, l’air de se dire “C’est quoi son projet à celui là ? Il boit l’apéro avec nous et il file à une soirée rallye ?”. Bref, je prends mon plus beau sourire, je m’avance, je tends ma louche et décide de briser la glace avec l’hôte de la petite sauterie.

– Bonsoir, Adrien, enchanté.

– Salut man, assieds toi je t’en prie, t’es un pote de Ben c’est ça ?

– Ouais exactement, on s’est connu en vacances et comme j’arrive juste à Paris il m’a proposé de bouger avec lui. D’ailleurs c’est sympa de m’avoir proposé de passer avec lui. 

T’inquiètes man, c’est la maison du bonheur ici. Tiens tire sur le bédo, il arrive cash de Dam. Attends mais Ben m’a dit que t’arrivais d’un bled, en province, ou de banlieue je sais plus… 

Euh… de Lyon. Je suis Lyonnais en fait mais je suis à Paris quelques mois en stage ?

– Ah t’es Lyonnais ? Sérieux ? Et ça va ça te fait pas trop bizarre d’être à Paris du coup ? 

Face à cette question, vous avez deux solutions: faire le mec débile et dire des conneries du style “ah ouais grave c’est trop beau j’adore, mais en revanche c’est trop grand pour moi”, ou alors vous adoptez mon attitude:

– Bizarre de quoi ? Je comprends pas ta question…

– Bah ouais, bizarre quoi, grande ville, toujours des trucs qui bougent, la masse de monde tout le temps… enfin tout ça quoi ! 

– Ah ouais ok ! Bah écoute ouais si carrément. En sortant de la gare j’ai vu des voitures avec des petits machins sur le toit où c’était écrit taxi, je croyais que c’était que dans les films américains. Du coup je suis resté 1 heure Boulevard Diderot avec le pouce levé, comme dans Maman j’ai raté l’avion sur Time Square, mais personne ne s’est arrêté. Du coup j’ai pris le métro, mais j’ai pas compris comment ça marche exactement, y’a pas de charbon dans les locomotives…

– Haha. Non mais tu sais pour nous, c’est compliqué d’imaginer qu’il y’a une vie ailleurs qu’à Paname en France…

– Bah ouais d’ailleurs on voit ça quand vous débarquez sur les pistes l’hiver avec vos moon boots comme dans les Bronzés, vos snowblades et votre grande gueule en bas des télésièges comme si vous étiez en train de changer à Châtelet. 

– Ah non mais man te désauce pas je déconnais. T’as l’air d’avoir pris le seum avec mon histoire.

A sa décharge il avait raison sur un truc, j’étais bel et bien déconnecté en matière de vocabulaire. “Passer crème”, “désaucer” et “avoir le seum” étaient encore des expressions inconnues du jeune provincial que j’étais, et que j’espère toujours être d’ailleurs.

Rentré à Lyon depuis 2010, l’un de mes moments préférés est lorsque, à la fin d’un week end au ski ou lors d’un mariage où tout le monde est plié en 2, les potes Lyonnais exilés à Paris regardent leurs montres en disant “Oula j’ai mon train dans une heure, j’ai pas envie d’arriver chez moi à 23H30″. 

Un ami avait répondu de manière très drôle à un Parisien qui ironisait sur le fait que nous autres Lyonnais passions notre vie en week-end loin de Lyon, sous-entendant qu’on s’y faisait trop chier pour y rester. Mon pote avait conclu sa petite tirade par “En fait, quand tu ne payes pas 1000€ par mois pour 30 mètres carrés, il te reste un peu de tune pour te barrer. Mais c’est bien mon grand, tu habites la plus belle ville du monde avec un salaire qui te permet de t’autoriser un resto une fois par semaine.” 

J’aime Paris, mais définitivement en week-end…

TGIF !!!

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