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TGIF – Thank God It’s Friday | Papa, je suis gay

by • Jan 30, 2015 • T.G.I.F.Comments (0)3190

Salam Alekum,

Aucun racisme ni communautarisme dans ce bonjour il est vrai oriental, mais, vous le comprendrez plus tard, il est de circonstance.

J’ai honte chers amis, mais j’ai tout d’abord voulu vous mentir. Je voulais vous faire croire que je vous écrivais du même balcon que lorsque, frêle et tremblant, je parvenais tant bien que mal à écrire le premier TGIF de l’histoire en novembre 2013. 14 petits mois et pourtant une éternité.

Mais est ce que seulement certains intrépides, fans de la première heure, capables de se lever en pleine nuit pour être le premier à lire ces lignes, se rappellent d’où fut écrit ce premier volet de cette belle et longue série ?

Dans ma mémoire, le billet commençait par « je me trouve aujourd’hui à Dubaï, Emirats Arabes Unis, charmant port de pêche du Golfe Persique ».

Vous y’êtes mes compagnons, je suis dans cette contrée riche et aride, chaude et acide, prude et torride, jeune et déjà pleine de rides.

En fait pas tout à fait. Vous le savez, je n’écris pas ces modestes lignes le vendredi matin, la magie du direct a ses limites, mais en fait la veille dans l’après-midi. En général. C’est pourtant pile poil au dessus de la Turquie, confortablement installé à bord de mon vol Emirates, place 34D, donc en classe Eco, 10665 mètres d’altitude, 1115 kilomètres à l’heure, à destination de Dubaï que je me trouve. Il est actuellement 00H10 en ce désormais jeudi 29 janvier 2015 et concrètement je me la colle.

D’un naturel courtois et bienveillant, j’ai pris pitié d’une jeune brebis égarée nous arrivant de Roanne qui se trouvait non loin de mon auguste personne et qui chialait en lisant une lettre dont le titre était pourtant prometteur : « Mon Amour ». On devinait même quelques larmes sur l’encre bleue et un parfum de patchouli émanant de la missive Clairefontaine grands carreaux 21 x 29,7. Cette brebis étant en fait un bouc, je décida de le materner.

– Tu laisses ta copine longtemps ?

Lui dis-je d’un ton paternel et compatissant.

– Je pars un an en Nouvelle-Zélande…

Me dit-il, des sanglots désagréables dans la voix.

– Et est-ce que tu penses pas qu’une petite cuite aéronautique au Jack Daniel’s ne te permettrait pas de te sentir un peu mieux ?

Le visage de mon interlocuteur s’illumina et ses dents se mirent à briller.

– En voilà une idée qu’elle est bonne !!!

Bref, entre temps le camarade Roannais s’est endormi, cuvant son Jack Coca peinard pendant que moi, esclave de vos beaux yeux, je me coltine cette page blanche à noircir dans l’espoir hélas déçu de vous distraire en arrivant au burelingue vendredi matin.

J’avais à l’époque déjà écrit un topo sur les Emirats en général et sur Dubaï en particulier. Dans mes souvenirs, j’expliquais comprendre l’engouement qu’à le monde entier, enfin en particulier l’Europe, pour ce petit coin perdu au milieu du desert.

Ici tout contraste avec la morosité ambiante qui règne en Europe. Ce petit microcosme est en perpétuel mouvement, envisage l’avenir sereinement, pose du pognon sur la table, en gagne, en dépense, n’est pas frileux et se dit qu’il a sa chance. Il n’y a qu’à voir la gueule des grands axes routiers de l’émirat à 6H du matin pour comprendre que ça bosse copieux.

Bref, on n’est pas là pour parler boulot.

Aujourd’hui 30 janvier, et c’est un peu l’objectif de ma visite dans cette charmante dictature hors taxe, c’est mon anniversaire. 28 ans, officiellement plus proche des 30 ans que des 25, mais encore dans la vingtaine, donc jeune, et je vous emmerde. Je l’ai, là aussi, déjà dit, mais j’attends mesdemoiselles vos photos nues avec écrit « joyeux anniversaire » sur vos seins à l’aide de votre rouge à lèvres. Seront tolérées les photos en tanga, uniquement s’il est en dentelles noires.

Expliquant à plusieurs reprises ces derniers jours que je partais à Dubaï rejoindre l’ami Simon, entrepreneur non soumis à l’impôt sur les sociétés, la TVA, le RSI et même l’impôt sur le revenu, dans le but de célébrer ce nouveau pas vers la vieillesse, plusieurs questions me furent posées, notamment concernant la consommation d’alcool. Nous sommes Français, il est donc naturel de s’assurer d’abord que l’alcool soit en vente libre avant de se préoccuper de la météo ou du climat géopolitique local.

Concrètement, dans les Emirats, boire de l’alcool est tout à fait faisable. Les hôtels abritent les principaux restaurants et les principales boites de nuit, bénéficiant d’un effet de manche ici baptisé « free zone », dans lesquelles les lois islamiques n’ont pas doit à la parole. Chacun peut donc se torcher allègrement, le prophète n’en a cure tant que vous acceptez de ne pas conduire après (prison ferme) ou, mesdemoiselles, d’éviter le top less sur la plage sous peine de prendre relativement lourd par les autorités locales.

Non, en fait, tout est relativement permis. N’oublions pas que ce bout de désert copieusement urbanisé est construit pour les occidentaux. Il faut respecter la géographie et les croyances locales, mais les Cheiks et les Emirs ont vites compris qu’on n’attirait pas des mouches avec du vinaigre.

Finalement, le seul truc qu’il faut vraiment éviter ici c’est d’être homo. J’allais dire PD mais je crois qu’en France c’est interdit de prononcer un mot pareil. Ici non seulement on a le droit de le dire mais on peut même s’amuser à les envoyer chez les flics pour les purifier. Sorte de bizutage sous fond d’amitié virile type internat d’avant-guerre, comme dans les Choristes.

Franchement pas homophobe, même si je dois admettre avoir un peu de mal avec les grandes folles hystériques plus femmes que leurs mères, je me suis évidemment posé la question une fois dans ma vie : « qu’est ce que je ferai si mon fils était gay ? »

Convaincu que, sans me rendre fou de joie, ça ne me gâcherait pas l’existence et heureusement, j’ai quand même voulu faire une petite blague à mon père la semaine dernière.

Qu’on soit clair, mon père n’est pas le mec le plus open-minded de la Terre et représente à lui seul cette bourgeoisie provinciale profession libérale, de droite et très conservatrice.

Bref, j’explique.

Habitant en colocation avec un pote depuis Septembre, j’ai enfin pu m’accorder 10 minutes avec mon père pour lui faire visiter l’appartement.

Un petit tour du propriétaire, ma chambre, le salon, ma salle de bain, la cuisine, le temps de balancer quelques « ah pas mal », ou « et c’est bien isolé ? » ou, passage obligatoire chez mon père « t’es en chauffage collectif ou individuel ? », il lui est finalement venu une question :

– Et ton coloc ? Elle est où sa chambre ?

En fait, sa chambre est au fond d’un mini couloir dont la porte donne sur le salon mais qui ne se voit pas si elle est fermée.

– Elle est dans une autre partie de l’appart mais laisse tomber, ça doit être en bordel.

– Bah enfin tu veux pas me montrer sa chambre ?

– Non c’est pas ça mais c’est sa chambre, on s’en tape, et je te dis qu’elle doit être en bordel…

– Mais montre la moi je te dis !!!

Devinant alors quelques soupçons chez mon père, je me suis dis que la scène était propice à un petit peu de provocation:

– Bon papa, écoute c’est l’occasion ou jamais. En fait mon coloc n’a pas de chambre.

– Comment ça pas de chambre ?

– Bah il a pas de chambre quoi… ne fais pas celui qui a pas compris.

Paradoxalement passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, mon père finit par bafouiller :

– Comment ça ??? Je comprends rien… il dort où ton coloc ???

– Bah… avec moi… t’as toujours pas compris ?

Alors là mes enfants j’ai véritablement lu dans ses yeux la détresse sincère d’un père découvrant que son fils était gay.

– Attends mais c’est quoi cette connerie ? C’est ton coloc ou c’est pas ton coloc ?

Avec un applomb qui me surprend encore 8 jours plus tard, j’ai réussi tout de même à lui lancer :

– Ecoute, c’est pas mon coloc, Adrien est mon mec depuis 1 an et on habite ensemble depuis septembre.

Mon père, 90 kilos, en ayant vu d’autres, vacilla puis trouva refuge sur le canapé qui se trouvait à proximité de son cul et de son pantalon de costume.

– Putain, putain, putain…

– C’est tout ce que t’as à dire ? Putain ? Sérieux papa on est en 2015 faut se réveiller. C’est fini l’époque où l’humanité se divisait entre les queutards à l’ancienne et les théières qui se déguisent en gonzesse le soir pour sortir en boite de nuit. Je suis en excellente santé, je suis heureux, j’ai un job qui me permet d’être indépendant. Tu préfères quoi ? Que je saute toutes les filles du bled, que je sois un vrai hétéro de base, pour finalement être une loque qui passe son temps entre jouer à la console et te taper de 100 balles pour bouffer et payer mon loyer ?

Pas peu fier de mon monologue totalement mythomane, j’ai senti mon père estomaqué et pris à revers. Rien que pour ça je regrette pas mon coup de pute.

– “Non c’est sûr…”  finit-il par avouer… « enfin faut admettre que ça me met un coup au moral. Je m’y attendais pas. »

– Tu t’y attendais pas ? Pourquoi ?

– Bah c’est à dire que tu fais quand même très très hétéro quoi…

– Bon, papa, ça me fait plaisir que tu me dises que je fasse très hétéro parce que c’est évidemment ce que je suis. Viens on va voir la chambre de mon coloc mais pas de reflexion si elle est en chantier.

Voyant tout à coup mon vieux père renaître de ses cendres, je pris tout de même conscience qu’il reste un peu de chemin avant que les mentalités changent…

Enfin c’est pas tout ça, mais j’ai 28 piges, 5 mariages par an, et si ça continue je vais peut être devoir faire un vrai coming-out d’ici quelques années…

C’est désormais depuis ce fameux balcon que je termine ce premier TGIF en tant qu’homme de 28 ans. Et vraiment, je vous embrasse fort.

TGIF !!!!

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