TGIF – THANKS GOD IT’S FRIDAY | Sur le plateau dans 1H

by • Sep 09, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)8082

Salut les coquins,

Joie d’être presque en week-end après ces deux semaines de rentrée des classes bien intensives. Comme pour se dédouaner d’avoir absolument rien branlé pendant 1 gros mois, le jeune cadre dynamique met les bouchées doubles en ce début du mois de septembre et communique allègrement dessus.

– Comment ça se passe toi cette rentrée ?

– Putain m’en parle pas, on se fait défoncer. Mec je fais que bosser quoi !!!

– Ah non mais moi pareil, c’est bien simple j’ai pas eu le temps de pisser depuis la semaine dernière.

Comme il convient de balayer devant sa porte, moi aussi je fais parti des connards qui disent ça en prenant une voix très snob et en balançant la fumée de ma clope à la gueule de mon interlocuteur, comme pour appuyer mon propos.

Et pourtant, Dieu sait que je voue un profond mépris pour les lieux communs, les phrases toutes faites et les mecs qui s’inventent une hyper activité alors qu’on sait tous qu’ils se croient overbookés dès lors qu’il y’a 2 mails à traiter dans l’après-midi.

Tout ça c’était avant. Avant que votre humble serviteur soit convoqué à participer à un talk show de prestige sur une chaine qui fait autorité dans les milieux culturels parisiens: NRJ 12.

Après coup, je me rend bien compte que cette histoire n’était rien d’autre qu’un Guernica intellectuel.

Mais tout de même, il est des propositions qui ne se refusent pas.

Faut se refaire le film: jeune brasseur d’air Lyonnais, faisant les cents pas dans mon bureau changé en fournaise par la canicule, voilà qu’un numéro en 01 apparait sur mon portable.

Attention, pour un Lyonnais qui bosse de près ou de loin dans la com, avoir un numéro en 01 qui s’affiche c’est comme si Dieu le père en personne m’appelait pour me raconter ses vacances !

On se racle la gorge, on se chauffe la voix, on se parfume au cas où, et on répond:

– Allo ?

– Oui Adrien ? Bonjour, ici Marianne de NRJ 12. Je vous dérange pas ?

Branle-bas de combat dans le burelingue. Nom de Dieu, c’est la télévision française qui nous demande.

– Euh… Non pas du tout. Dites moi ?

– Ok c’est cool, on veut parler des haters sur le plateau du Mad Mag ce soir avec Martial, Laurie, Benoit et toute l’équipe. Tu peux être là vers 18H pour qu’on te maquille ??

Nom d’un chien j’avais pris 10 ans. J’avais absolument rien compris à ce qu’on me bavait, aussi bien concernant l’émission que les différents protagonistes.

– Sur le plateau du quoi ??

– Du Mad Mag !! C’est l’access prime time de NRJ12. En fait on veut expliquer aux jeunes ce qu’il ne faut pas faire sur les réseaux sociaux pour éviter de se faire harceler tu vois.

– Oui oui OK, mais juste, moi je suis à Lyon, pas à Paris.

– Pas de problème on te paye le billet d’avion.

– Ok. Juste, en train ça suffira…

– Ah bon ?? Ça fait pas trop loin ??

Je passe sur l’assistante de production Parisienne pure souche capable de placer Lyon à la place de Perpignan et Strasbourg dans le Massif Central, mais au moins le ton était donné.

Bref, après un quart d’heure de réflexion, à se dire que quitte à passer pour un con on ferait mieux de rester chez soi, puis que ça casse les couilles de se taper l’aller/retour à Paris en risquant un bad buzz, on saute dans un TGV payé par “la prod” et en Avant Guingamp, en route pour conquérir la capitale.

Vous pensez qu’il y’a beaucoup de clichés infondés sur les coulisses de la télévision ? Ou en tous les cas sur les coulisses des petites chaines ? FAUX. Tout est parfaitement fondé.

Oui, ils ont du blé à pas savoir qu’en foutre. Tellement d’ailleurs qu’ils payent le train, l’hôtel et le Uber à un crétin de Lyon alors qu’à Paris, il y’a juste une centaine de couillons qui auraient pu leur répondre tout pareil.

Ceci dit ils ont réalisé l’un de mes rêves: avoir un type en costard qui m’attend au bout du quai avec mon nom sur une pancarte.

– Monsieur Besançon ?

– Lui-même !

– Vous me suivez ? Je suis garé au dépose-minute.

Autant dire qu’à ce moment là de la partie j’avais quitté le plancher des vaches et il fallait me causer différemment.

Dans le Uber, coup de fil d’un pote. L’occasion de se la racler une nouvelle fois, avec une voix façon Alexia Laroche-Joubert.

– Ouais je suis à Paris là, je suis dans le Uber en direction de NRJ12. Je dois être sur le plateau dans 1H. Ce que je te propose, je t’appelle après et on se fait un perchoir ça roule ? Ok à toute mec.

Bref, je vous passe les détails, je me suis pointé dans le 16ème dans l’immeuble de la chaine et là tout s’est emballé. Enfin surtout quand la nana de la prod’ s’est pointée, clope au bec, café à la main, et certainement gramme de cocaïne dans le soutif.

– Hey Adrien c’est toi ? Putain super tu nous sauves la vie. Bon je t’explique, on va t’emmener au maquillage et ensuite on discute pour que je te brief ok ? Allez super à tout à l’heure.

En fait, une chaine de télé, c’est un peu un Disneyland dans lequel j’étais à la fois Mickey et le rejeton tout ébahi.

On te trimballe, on te maquille, on te propose du café, des sushis, du champagne, du coca, une pizza…

Et là, l’équipe arrive. Quand je dis l’équipe ce sont les présentateurs de l’émission. Alors NRJ12 oblige, ils sont plus jeunes que moi et sont tous issus de la télé réalité. En clair j’en connais pas un quoi…

Cette inculture a d’ailleurs fait halluciner la maquilleuse qui s’occupait de me ravaler la façade.

– Ça va ? Pas trop impressionné de rencontrer toute l’équipe comme ça ?

– En toute honnêteté je les connaissais pas, du coup je le vis plutôt bien…

– QUOI ???? Mais vous ne regardez jamais les Anges ou les Marseillais ?????

C’est à ce moment là que la nana de la prod, toujours une clope au bec est intervenue.

– Non mais tu sais, je pense qu’Adrien n’est pas dans la cible. Bon c’est bon on a fini ? Super Adrien t’es parfait. Pas trop stressé ? Non ça va t’es sûr ? Tu me dis hein, hésite pas. Cigarette ? 

3 minutes avant de rentrer sur le plateau, le présentateur pourtant si lisse et si bienveillant à la télé vient me voir et me dit:

– Adrien faut que je présente ta boite. Je dis quoi ?

– Que je fais du marketing digital.

– Non, trop compliqué, autre chose.

– J’optimise le référencement de mes clients.

– Bon alors je t’explique. En face, derrière leur écran, on est sur du débile, de l’abruti. Cible 12-17 ans, des gamins gavés à la télé réalité, imagine les ravages ! Sinon on a la ménagère de 50 ans. Mais la vraie, celle qui n’est jamais sortie de chez elle en 50 ans !! Alors si tu veux pas qu’on zappe, tu me fais des phrases et des mots simples OK ?

– Je comptais dire qu’on pouvait traquer les propos diffamatoires ou injurieux, j’imagine qu’on oublie l’idée ?

– Si tu me sors des mots comme ça  pendant l’émission on perd 90% des téléspectateurs OK ?

Ceci dit, je sais pas si c’est à cause de moi, mais les audiences catastrophiques de l’émission ont conduit la chaine à l’arrêter une semaine après mon passage…

Bon et puis après évidemment, il m’ont jeté sur le plateau en m’expliquant que je devais rejoindre une croix noire au sol. Et évidemment avec le projecteur dans la gueule et le stress, j’ai jamais trouvé la croix noire.

Bref, aussi glandus soient-ils, ces présentateurs savent comment fonctionne une émission. La recherche de buzz est permanente et si ça peut se faire sur votre gueule, ils ne se gêneront pas.

La fille de la production me l’avait d’ailleurs dit en me balançant sa fumée de cigarette à la gueule.

– Adrien s’il te plait, si jamais tu les vois en train de commencer à s’exciter ou à débattre entre eux, tu restes bien en retrait et tu attends qu’on te redonne la parole, sinon ils vont te pousser à raconter une connerie histoire de faire buzzer un peu l’émission. 

Alors du coup je me suis pointé, j’ai raconté mes histoires, ils m’ont envoyé une ancienne du bachelor en mode chaudière, chaud devant chaud derrière, histoire de faire un peu le show en me tripotant le bras, en face j’avais la pédale folle tordue plus femme que sa mère et insupportable à souhait qui était là pour faire le contestataire.

J’avais aussi une blonde plutôt pas mal avec une grande gueule, façon Enora Malagré du pauvre, si tant est que Enora Malagré puisse être du riche. Elle, son but, c’était de me tacler à la jugulaire. J’avais ses yeux de serpents face à moi prêts à me mitrailler dès qu’elle trouvait une brèche. D’ailleurs, une fois l’émission terminée, elle m’est passée devant et a sauté dans un Uber sans dire au revoir.

Le truc sympa dans le fait de passer à la télé, c’est surtout l’après. Quand tu sors du studio, que tu sors ton portable et que tu as 350 textos avec la même putain de photo où t’as une gueule de porcelet, accompagné de “Putain mec tu passes à la télé !!!”

Merci pour l’info, j’étais pas au courant !

Il y’a en revanche un truc qui m’a fait beaucoup de peine. Quand vous sortez du studio, une fois que la “prod” vous a fait le debrief, vous a assuré que vous étiez parfait, que c’était top, que “tu m’appelles quand tu veux si tu cherches un job à la télé”, vous arrivez devant la porte de l’immeuble pour attendre votre Uber.

Et là, 50 personnes de tous les âges attendent pour vous photographier. Bordel mais qu’est ce qu’ils vont raconter à leurs potes en montrant une photo de mon double menton et de ma barbe de puceau ?

– Et alors lui c’est qui ?

– Lui c’est l’expert Geek. Je sais pas comment il s’appelle mais il a parlé de la gestion des haters. J’ai pas tout compris mais bref, il est passé à la télé quoi…

Enfin bref, je vais pas cracher dans la soupe. Cette histoire a permis à ma grand-mère de me voir à la télé et c’est le plus important.

Et le lendemain, j’ai pu faire comme tous les connards. Moi aussi j’ai dit avec un air désabusé et faussement gêné “Ah non putain coupe ça, je peux pas me regarder à la télé j’ai une gueule de merde et une voix horrible.”

De toutes façons c’est décidé, la prochaine fois que je passe à la télé, c’est au journal du Hard !

TGIF les copains.

 

13,737 total views, 2 views today

Related Posts