TGIF – Thanks God It’s Friday | Zone 30

by • Jan 27, 2017 • T.G.I.F.Comments (0)7462

Salut les coquins,

C’est pas que ça m’amuse, mais c’est la dernière fois que je prends la plume avant de changer de dizaine.

Déjà que franchir le cap de la trentaine me mine clairement le moral, mon frère m’a fait remarquer dernièrement que je rentrais dans ma quatrième décennie. Si, si, réfléchissez, vous verrez qu’il raconte pas de connerie.

Bref, le temps passe inexorablement et me voici donc vieux.

Ça fait 2 ou 3 ans déjà, en fait, que je me sens vieux. Depuis que ces fumiers de merdeux, jeunes, bruyants et insolents me disent “vous” pour me gratter du feu, depuis que je les trouve cons, depuis que je comprends plus ce qu’ils se racontent et depuis que je préfère le vin rouge à la vodka pomme.

Il y’avait d’autres signes ceci dit, comme les mariages. Mais on se disait “Bientôt, ce sera mon tour. Et puis ils sont quand même jeunes pour se marier.”

Puis on a eu les phrases du genre “Tu savais qu’elle était enceinte du 2ème ?”. Et puis bah… Il a bien fallu admettre qu’on arrivait à la trentaine et qu’on n’était plus des gosses.

Il est bien là le problème, on n’est plus des gosses. Et pourtant, on n’a jamais été aussi cons. Il n’y a absolument rien de plus débile sur terre qu’un trentenaire célibataire cherchant désespérément à retrouver sa jeunesse d’antan pas si lointaine. Mais attention, si le trentenaire veut bien garder le train de vie d’un gamin de 20 ans, il souhaite tout de même conserver un peu de hauteur…

Je me souviens de mes 20 ou 21 ans, lorsque, avec mes potes, nous débarquions, pour les Lyonnais, à la Voile, L’Adresse, le First (pour ceux qui rentraient), l’à KGB, le Life et bien sûr le 42. Nous étions les rois du pétrole, bien que sans un sou en poche, et nous regardions toujours avec interrogation et méfiance les groupes de trentenaires accoudés au bar.

Ces connards de vieux trentenaires étaient toujours au bar, toujours l’air bourrés, un peu boudinés dans leurs chemises, l’air sûr d’eux et mataient nos copines d’un peu trop près.

On se regardait de travers mutuellement. On avait ce qu’ils voulaient: des nanas de 20 piges, une jeunesse qui avait défilé devant eux, une insouciance qu’ils n’avaient plus et une faculté à encaisser les bringues qui durent très peu de temps.

De leur côté, ces vieux cons de 30 ans, ils nous prenaient de haut. Ils avaient des bouteilles à leur table pendant que nous faisions les fonds de tiroir pour se payer une bière bouteille à 7€, ils payaient des verres à nos nanas pour leur expliquer qu’ils étaient avocats, commerciaux ou qu’ils avaient monté leur boite, ils passaient devant nous dans la queue en faisant la bise aux videurs et ils dégageaient une confiance en eux qui personnellement me rendait dingue.

Pourtant, au fond de moi, je me disais que ces mecs là étaient des pauvres types. Je me disais “Moi, à 30 balais, j’aurais autre chose à foutre que de me faire la tournée des bars avec mes potes.”

Après, tout ça, la vie rangée, la vie de famille, la vie sociale, ce sont des concepts, des principes, des notions. On nous dit aujourd’hui que les quarantenaires de 2017 sont les trentenaires de 1980. Du coup ? Les trentenaires de 2017, ils ont le droit d’avoir encore un peu 20 ans ?

Pour certains, franchir ces caps est parfaitement naturel. Pour eux, le vieillissement et/ou la maturation est le cycle naturel des choses et ils ont parfaitement suivi les règles sociales qui s’imposent. L’homme qu’ils sont concorde parfaitement à l’homme qu’ils souhaitaient être à cet âge.

Pour d’autres, un changement de décennie impose une modification complète de leur personnalité.

– Ça te dit qu’on aille boire des canons ce week-end ?

– Non mais ça va Adrien. On a 30 ans quoi, il s’agirait un peu de grandir et d’arrêter de vivre comme un mioche.

– Euh… oui, non mais je proposais juste de boire un verre entre potes.

– Bah ouais, mais à 30 ans, par principe, on arrête les conneries OK ?

Ces gens là sont des plaies. Déjà, avoir des principes immuables est une plaie. Mais quand en plus on cherche volontairement à se vieillir pour correspondre à une vie qu’on s’imaginait mais qu’on n’a pas réussi à avoir, on s’expose à de grandes déconvenues…

En fait, si quand vous aviez 20 ans, vous étiez persuadés qu’à 30 ans vous seriez mariés et avec des gosses, mais qu’en fait c’est pas le cas, est-ce grave ? Non !

Soyez juste un peu patients et ne faites pas chier votre entourage avec votre horloge biologique, juste parce que vous n’avez pas réussi à suivre une ligne que personne ne vous a imposé à part vous-mêmes et éventuellement une société qui n’a pas que ça à foutre.

Mais franchir ce cap de la trentaine, ça veut dire beaucoup de choses.

– On se souvient des JO d’Albertville et des skieurs de descente avec des casques futuristes sur la gueule.

– Ma grand-mère qui racontait à toutes ses copines que je voulais plus aller au golf parce que je pensais qu’il y’avait la guerre.

– On se rappelle de France/République Tchèque en 1996 et de ce putain de penalty sur la barre de Reynald Pedros.

– Je me souviens de mes frères en train de hurler lorsque Basile Boli marque de la tête en finale de la Ligue des Champions 1993.

– De cet été 1998 où tout le monde était heureux, de ces klaxons dans les rues et de la chanson de Gloria Gaynor qui sera assimilé aux buts de Zidane jusqu’à la fin de nos jours.

– Mes frères qui étaient amoureux de Brenda alors que moi je préférais Kelly parce que, petit, je préférais les blondes.

– Des M&M’s que j’enquillais comme un gros porc devant les Mini Keums en rentrant chez moi après le bahut.

– De mes caprices auprès de ma mère pour avoir des Etnies aux pieds, un froc qui donnait l’impression d’avoir chié dedans et une chemise large.

– Stresser en attendant de voir le résumé du match de l’OL sur Téléfoot pour connaitre le résultat.

– De mes sandwichs achetés à la boulangerie d’en bas que je bouffais en regardant les rediffusions de Hartley Coeur à Vif le midi sur RTL9.

– D’autres choses que je regardais aussi sur RTL9 le soir…

– De la gueule de ces fumiers de ritales après l’égalisation de Wiltord.

– La crainte de ma grand-mère, toujours, lorsque, à 12 ans, je lui ai demandé de me laisser passer le réveillon de l’an 2000 chez un copain.

– Manhattan sous une épaisse fumée blanche alors que j’allumais la télé le 11 septembre 2001. Et le discours de mon prof de golf le lendemain qui, avant l’entrainement, nous a expliqué qu’il ne fallait pas sombrer dans le racisme et le rejet de l’autre.

– Mes téléchargements sur eMule et sur Kazaa qui prenaient la journée.

– Du Discman dans la poche du baggy avec écouteurs sous le pull.

– Et Tryo, IAM, NTM, Nirvana et Korn dedans.

– De mes excuses bidons “Mais non maman, je voulais télécharger l’album de Offspring à la base. Mais sur Kazaa y’a plein de pirates qui mettent des films de cul à la place !!”

– Du paquet de 10 de Marlboro Light.

– Du clip de The Verve.

– Les cours qu’on séchait pour aller voir la France se prendre une pilule à la Coupe du Monde 2002 parce que les matchs étaient en plein milieu de l’après-midi à cause du décalage.

– De “Here with me” de Dido qui faisait chialer les meufs, et un peu moi aussi.

– Ne pas comprendre comment on pouvait être serveuse sur une plage de Saint-Tropez et se payer une baraque de 300 mètres carrés avec piscine à Ramatuelle.

– Trouver que Laure Olivier était finalement plus bonne que Jessica jouée par Tonya Kinzinger.

– Expliquer à ses copains boutonneux que le vrai rock c’est pas Offspring mais les Guns.

– Penser que finalement vivre comme Kurt Cobain c’est trop ça la vraie vie.

– Les sonneries du 3310 et les premières dragues par texto.

– De la Mobicarte qu’on flambait en 3 heures à cause des SMS.

– Faire croire à toute la classe qu’on s’est fait branler dans les chiottes du bahut. Puis se faire griller et gifler devant tout le monde par la fille injustement accusée.

– Des Sparco jaunes et noires.

– Des Converses en jean’s.

– Des Mostro beiges.

– Des Diesel délavés hors de prix.

– De notre mère qui disait “payer aussi cher pour un jean troué, ça fait quand même un peu chier”.

– Des roulages de pelle avec des nanas qui avaient des franges de 12 mètres sur la gueule.

– Et ce putain de Snake qui m’a fait sans doute redoubler ma 3ème.

– L’autorisation parentale pour sortir jusqu’à pas d’heure dans les rues de Lyon pour fêter le premier titre de champion de l’OL.

– Les débuts de H, les plats de spaghettis du dimanche soir devant Urgences, et ma fierté pendant le discours de Dominique de Villepin à l’ONU pour dire non à la guerre en Irak. “Un vieux pays la France, d’un vieux continent, l’Europe…”. 

– Se foutre du gel hydroalcoolique sur les mains pour faire disparaître l’odeur de la clope.

– Du TPE qu’on devait préparer et que j’avais réussi à foirer alors que seules les notes au dessus de 10 comptaient.

– Avoir chanté pendant tout un été une putain de chanson de merde d’un groupe moldave chantant en Roumain dans un clip où ils sont pilotes de chasse.

– Des manifestants contre le CPE qui nous avaient bouclé dans l’Université Lyon 3 et sur lesquels nous balancions des bombes de cafés brulants.

– De ce putain de coup de boule de Zizou sur ce fils de pute de Materazzi.

– De nos copains gosses de riches qui ont tous eu une Smart en cadeau de bac. Ou une Cooper One.

– Des émeutes dans les banlieues et de la fin des espoirs de notre modèle d’intégration.

– On a assisté à la dernière blague drôle d’Eric et Ramzy et aux grandes heures des Guignols de l’info.

Bref, on en a fait des trucs marrants en 30 ans. Mais maintenant, on va tâcher d’envoyer encore bien la gomme !!!

Mais plus je pense à ces trente dernières années, plus l’image principale que j’ai c’est moi, dans la cuisine, en train de me balancer sur ma chaise devant MTV et le clip de The Verve, le sac Eastpak posé sur la table et une tartine de Nutella.

TGIF les copains.

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