Le rencard merdique. 

by • Sep 21, 2016 • LifestyleComments (2)12087

Suite à mon escapade dans le Tinder-game, ce qui devait arriver arriva : j’ai eu un rencard avec un des énergumènes croisé sur cette appli de l’angoisse. Petit résumé du date typique des gens qui se rencontrent sur mobile.

On avait fini par décider d’aller boire un verre au bout de quelques messages parce que merde c’est pas tout ça mais j’ai 25 ans et il est temps que je trouve un type à emmener aux repas de famille pour faire croire à Mémé que je vais me marier. Le type me propose un rencard dans un rade où il semble avoir ses habitudes. J’ai checké vite fait sur TripAdvisor où j’ai appris qu’il était possible de crever d’une intoxication alimentaire avec un verre de Get27. Bon à savoir. J’ai donc contacté Roméo pour lui dire que c’était moi la patronne, qu’il était hors de question que je marche jusque dans le 7ème (sérieux… le 7ème) pour boire une pression tiède dans un verre sale. J’ai imposé mon lieu de rendez-vous de façon tout à fait dictatoriale comme je sais si bien le faire en optant pour un bar à vin beaucoup trop chic histoire de faire la meuf clâsse.

Je me suis pointée avec 35 minutes de retard (si vous me connaissez un peu vous saurez que c’est pas vraiment étonnant). De toute façon il est obligatoire d’arriver en retard à un rencard Tinder et ce pour 3 raisons.

  1. Ça fait genre la meuf overbookée qui s’en fout et qui a une vie palpitante. T’arrives fraîche et pimpante en disant « Sorry, j’avais un call avec un client important ». Bim ! Ça en impose. T’es une working-girl qui n’a pas que ça à faire d’être à l’heure à un rencard Tinder.
  2. Si t’arrives près de la terrasse et que le mec est trop moche t’as encore le temps de te barrer en courant.
  3. Parce que si t’arrives en avance, t’es assise seule à une table en terrasse , ce qui, comme chacun sait, est vraiment le summum de la déchéance humaine. Surtout quand le serveur se pointe et que tu dois prendre un sourire triste et dire « Désolée j’attends quelqu’un…». Damn ! Ça sonne comme un absolu et ça fait vraiment désespérée.

À peine arrivée, j’ai remarqué le beau gosse de dos, assis à une table, qui fixait son iPhone à travers la fumée de sa clope. À peine le temps de me dire « Bingo ! On dirait James Franco vu sous cet angle » qu’un type situé à la limite de mon champs de vision s’est levé comme un seul homme (ce qu’il était, d’ailleurs) pour m’intercepter en vol. « Amélie c’est ça ? » Bravo Einstein ! Maintenant c’est comme si on portait un gros panneau lumineux avec écrit « rencard Tinder » pour que toute la terrasse soit au courant. Classe. J’ai pris le temps de détailler un peu Roméo qui me fixait avec un sourire niais après m’avoir tapé une bise. Mouais… Je savais en quelques secondes que c’était certainement pas l’homme de ma vie. De dépit, j’ai jeté un dernier coup d’oeil vers James-Franco-De-Dos qui embrassait fougueusement une pseudo Monica Bellucci. Bon. Vas pour le verre avec Face d’Endive. De toute manière j’avais rien d’autre à foutre à part mater des films hongrois des années 60 en replay sur Arte.

De toute évidence, le mec était sponsorisé par Quechua. Sac à dos de rando, coupe-vent vert pomme et baskets. Oh bordel de merde ! Le genre de mec qui se déplie en 2 secondes.  Et moi qui m’étais cassé le cul à choisir ma tenue de rencard pour avoir l’air à la fois classe et cool , stylée et casual, soignée et rock and roll. Entre ma jupe crayon en cuir et son T-shirt anti-transpi on faisait quand même un sacré duo comique. Je serais bien partie en sprint mais j’avais mis des talons et avec ses pompes de sport il aurait pu me rattraper, le bougre.

J’ai allumé une clope. Face d’Endive ne fume pas. Bon. J’ai commandé avec un air détaché un verre de Viognier. Monsieur a réfléchis intensément. Très intensément. Ça va tu commandes un verre, t’es pas en train de résoudre le conflit israélo-palestinien ! Finalement il a opté pour un jus de tomate.

UN QUOI ?

UN PUTAIN DE JUS DE TOMATE ?

Soyons bien clairs. Le jus de tomate n’est autorisé exceptionnellement que dans le Bloody Mary et les avions Air France. Un type qui boit un soft mi-soupe mi-jus est nécessairement un psychopathe, d’autant qu’il a pas mis de tabasco dedans ce qui prouve que sa mollesse est au moins égale à la triste branche de céleri fanée qui flottait dans son verre.

rencard-2

À la deuxième tournée, constatant la triste tournure que prenaient ce rencard, j’ai décidé de passer à une boisson de circonstance : le Spritz. Le Spritz est la boisson idéale de la période de crise, ça permet de savourer l’amertume de la vie jusque dans son verre à cocktail. Le mélange a précisément le goût, la couleur, l’odeur et surtout le nom d’un sirop pour la toux grasse. Laisse l’Apérol à Venise. Orange is the new mojito. Et pendant qu’Endive débitait des conneries sur Mad Max Fury Road, je me suis dit que c’est quand même hyper bizarre de nommer un cocktail comme un officier allemand dans un film de Tarantino. En fait, le mot Spritz vient du verbe allemand spritzen (spritz / spritzte / gespritzt) qui signifie arroser ou noyer, ce qui correspondait à mon état d’enlisement dans ce date pitoyable au possible. Le Spritz trouve son origine dans une pratique des Viennois qui, au 19ème siècle, coupaient les forts fins de Vénétie avec de l’eau pétillante. C’était le point culture. Vous pourrez briller au prochain afterwork en baragouinant l’allemand en prime ! Celui que je venais de commander avait carrément un colibri empaillé sur le bord du verre, me donnant l’air d’une Pocahontas alcoolo, en bonne amérindienne qui se respecte.

Quand j’ai commencé à vraiment m’emmerder j’ai regardé ma montre en disant « Olàlà ! T’as vu l’heure ! Je dois y aller ! Il faut que je nourrisse mon poisson rouge et puis y a Vampyros Lesbos sur Arte, je voudrais pas manquer ça ! » On s’est fait une bise de condoléance de notre idylle morte dans l’oeuf, même si Quechua-man a bien tenté de me faire comprendre qu’il aimerait me revoir. Ouais ouais ! Dans une prochaine vie peut être.

J’ai quand même eu un orgasme ce soir-là. En enlevant mes escarpins qui m’avaient gratifiée d’une ampoule à chaque orteil-knacki. J’en avait même une sur le talon qui faisait la taille d’une pièce de 2€ (j’ai voulu appeler Carglass, savoir si ils pouvaient pas m’injecter leur résine spéciale.) J’ai fini par m’affaler sur mon canap, fatiguée de n’avoir pas pu en placer une pendant 1 heure et demi de rencard et en me jurant que la prochaine fois, je mettrais une paire de baskets. Y a pas de raison que je sois la seule à me faire chier!

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