TGIF – THANK GOD IT’S FRIDAY | Conversations de soirée

by • Apr 22, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)1610

Salut les coquins,

Quelle connerie n’ai-je pas fait vendredi dernier avec ma petite chronique expliquant les dangers d’une rencontre avec les copains de son nouveau mec ou de sa petite chérie ?!

Tout le monde ayant déjà vécu cette scène, c’était un peu le but du jeu d’ailleurs, je me suis fait râper les valseuses tout le week-end avec les témoignages de tous les couillons que je croisais.

– Dis donc ton TGIF de vendredi, ça m’a trop rappelé la première fois que j’ai rencontré les potes de mon mec !!!

– Ah oui ?

– Ah oui tout pareil, parce qu’en fait je t’explique… 

Et on est parti pour 5 minutes de monologue, que nous nous sentons obligés de ponctuer par des “haha”, Ah ouais ?”, “Ah putain énorme” ou encore “tu déconnes ?”,  le tout en zieutant au loin si on n’a pas un pote qui passe dans le coin et qui pourrait éventuellement débarquer en opération sauvetage.

Je souhaite d’ailleurs introduire cette escroquerie intellectuelle hebdomadaire en parlant de ça.

Je dois pas être drôle, ni courtois, ni sympathique, ni tout ce que vous voulez, mais je n’ai jamais compris l’intérêt de boire un verre en tête à tête avec un pote. Franchement, on se voit tout le temps, on s’envoie des textos quasi tous les jours, qu’est ce qu’on va bien trouver à se dire pendant 1H en buvant une bière dans un bar de quartier après le boulot ?

Cela dit ça détend, et puis il n’y a pas non plus grande chose de mieux à foutre donc pourquoi pas…

Les vraies discussions qui personnellement m’emmerdent interviennent en soirée, à des mariages, à des anniversaires et/ou en boite de nuit. Sans déconner, on est là pour se marrer, on est un peu bourré, la musique nous empêche d’entendre les 3/4 de ce que vous dites et surtout vous avez envie de tout sauf de parler boulot.

Et bah pourtant, vous avez forcément un de vos potes qui va venir vous voir pour vous poser cette putain de question.

– Et toi le boulot ? Ça roule ?

Je sais, c’est gentil. Le mec s’intéresse, pose une question et est vraiment dans une approche sympa pour démarrer une discussion. Mais franchement, déjà que parler de mon job, de ma boite, et donc de mes affaires me casse prodigieusement les couilles à ce moment là de la partie, autant vous dire qu’une fois que j’aurai terminé un monologue extrêmement court, faussement cordiale et surtout invariablement le même depuis 4 ans “ J’arrive à bouffer midi et soir, c’est déjà pas mal”, je n’aurai aucune envie de le conclure par “Et toi ? T’es content ?”

Et pourtant, par politesse, on va bien être obligé.

Je vais peut être perdre des potes ou passer pour un fumier de première, mais lorsque vous me raconterez vos levées de fonds ou votre contrat mirobolant avec je ne sais quelle grosse PME Franc-Comtoise, non seulement je n’en aurai rien à branler, mais en plus mes “Ah ouais chanmé”, “Et t’arrives à gérer ?” ainsi que “Tu vas devoir recruter du coup ?” sortiront dans cet ordre précis sans avoir écouter un traitre mot de votre histoire.

Oui, parce que là, j’aurai juste envie de raconter des futilités, des trucs gras, ou d’aller faire une frite au cul du copain que j’ai pas vu depuis la nuit des temps et qui va me raconter pour la 8ème fois l’histoire de sa turlutte qu’on lui avait administré, selon lui “avec dextérité”, dans les gogues de la cour de récré du haut au lycée Chevreul, et que ça me fait bien plus marrer que de causer gros sous, ressources humaines ou distribution de logiciels comptables pour grosses PME.

En fait, ce que j’aime pas dans le fait de parler boulot, c’est qu’on va partir sur un concours de bite et de pognon. Je déteste les concours de bite parce que je les perds tout le temps, et je déteste parler gros sous parce que j’en ai pas.

Comme ça les chose sont dites.

Après il y’a d’autres cas de figure, comme par exemple quand on rencontre quelqu’un pour la première fois et qu’il convient donc d’interroger sur sa profession.

En vrai, on s’en branle un peu de ce que vous faites dans le détail. Quand on vous demande ce que vous faites dans votre vie, il n’y a pas besoin de nous raconter votre journée de A à Z comme si on allait vous embaucher, vous remettre un trophée de l’entreprise ou racheter votre boite. Nous, on veut juste une réponse claire à une question simple.

Cas pratique d’une discussion réussie:

– Et donc toi ? Tu fais quoi dans la vie ?

– J’ai une boite dans le web.

– C’est à dire ? Tu fais des sites ?

– Ouais, je fais des sites et du référencement, depuis 5 ans.

– Et t’es content ?

– Ouais grave, c’est cool !

La question était simple, la réponse nécessitait d’être expliquée, ce fut le cas.

Cas pratique d’une discussion casse-couilles qui va prendre des plombes pour rien:

– Et donc toi tu fais quoi dans la vie ?

– Je suis dans la finance…

– Ah ok. Mais genre finance d’entreprise, gestion de fortune, banque ?

– Gestion de fortune ouais.

Alors forcément, histoire d’être sympa, on en demande un peu plus, alors que jusque là le mec était calme et plutôt peu bavard. C’était la connerie à ne pas faire…

– Du coup tu gères le pognon de tes clients qui te le confient pour le faire fructifier et le faire investir là où c’est le plus intéressant pour eux. Je me trompe ? 

– Oui c’est ça en gros. Mais alors en fait, si tu veux, moi par exemple, j’ai plusieurs types de clients qui ont chacun leurs problématiques. J’ai le mec surblindé qui veut défiscaliser, le mec qui a pris pas mal mais pas assez pour vivre toute sa vie là dessus, ou encore le type qui cherche à investir sur des entreprises en croissance pour faire un peu de business angel… 

Et vas y qu’on part pour 20 minutes sur les leviers de croissance, les mécanismes de défiscalisation, les taux d’intérêt accordés par la banque internationale du Luxembourg et tout le bazar.

Dans le cas de ce mec, gestionnaire de patrimoine est encore un boulot connu depuis des décennies et dont l’utilité ne fait aucun doute. Des gens sont fortunés, n’ont pas le temps ou les compétences pour bien gérer leur pognon, d’autres savent le faire pour eux… Pas besoin d’expliquer l’évidence !

S’il est toujours intéressant de rencontrer un conchyliculteur afin qu’il nous explique qu’il élève des coquillages, si l’administration de notre beau pays nous rend de fiers services avec ses brillantes idées issues de cerveaux féconds mais surtout peu occupés dont sortent des jobs tels que technicien de surface, hôte de caisse ou je ne sais quelle autre connerie, il peut aussi arriver de tomber sur des gens exerçant des professions saugrenues, surnommés bullshits jobs par nos amis britanniques, et qui sont franchement des métiers à la con.

Attention, mon propos n’est pas vain. Il y’a quelques années, alors que je me cartonnais le fond de la glotte avec un vin blanc du Bugey lors d’un mariage de pingres, je me suis vu interpeler par un homme au physique disgracieux et à la voix nasillarde.

En gros, le mec cherchait à se faire servir un peu de pinard par mes soins experts, mais également à me tenir la grappe faute d’amis.

J’ai pas regretté. Là aussi, après avoir disserté autour de l’affreuse longueur de la messe, ainsi que sur celle de la mariée, on a bien été obligé de se demander ce qu’on branlait de nos 10 doigts lorsqu’ils n’entouraient pas un verre de picrate à proximité d’un buffet.

– Et donc toi, tu fais quoi dans la vie ?

– Je suis client mystère.

– Pardon ?

– Je suis client mystère, à la SNCF.

Sans déconner, je pensais que ce métier était une blague mais qu’il n’avait jamais vraiment existé. Un peu comme les fendeurs de porc ou les branleurs de dindons. Qui d’ailleurs après recherches existent aussi.

– Attends mais je comprends pas. Tu peux m’expliquer une journée type au boulot ?

– Bah en fait je teste toutes les zones commerciales de la SNCF, genre les guichets en gare, le wagon-bar, les relations avec les contrôleurs, et puis je fais des rapports en fonction du cahier des charges et je l’envoie à la direction. 

– Ah ouais ok. Donc tu vois si tout le monde fait bien son taf, est bien aimable et applique à la lettre la politique commerciale de la SNCF c’est ça ?

Exactement !” Qu’il a répondu, ce collabo, avec son sourire de ravi de la crèche et son regard bien content de lui, certainement fier de mener une mission juste et honnête.

Evidemment, la conversation a tourné vinaigre lorsque j’ai voulu blaguer en disant avec l’accent Allemand “Il y’a des juifs au 4ème étage Herr officer”… Faut tout de même reconnaître que c’était une sacrée profession d’enculé.

Bref, ce que j’essaye de dire depuis le début de cette plaidoirie écrite, c’est qu’il y’a un temps pour tout. Aussi vrai qu’on ne bouffe pas une fondue savoyarde dans un restaurant de plage, on ne cause pas des choses chiantes et sérieuses alors qu’on est dans une ambiance festive et conviviale.

Bon camarade, jovial et systématiquement courtois, je suis souvent très emmerdé lorsque je sens mes potes partis pour une tirade inintéressante et ayant une dose d’humour bien trop faible dans le contexte. Et puis alors si en plus ils nous fixent droit dans les yeux et qu’ils appuient les mots clés de leur discours en vous rentrant une demi-phalange dans le foie, la bouche à moins de 10 cm de votre nez ou alors en hurlant dans votre oreille pour masquer le bruit de la musique, vous avez le droit de lui demander de fermer sa gueule.

Dans les années 1990, on appelait même ça “3615 my life”. Et les plus drôles disaient “rubrique je m’en fou”.

En tout cas, si lorsque vous me parlez, je ne cesse de regarder mes pompes et de tirer sur ma clope que pour dire “ouais” toutes les 20 secondes, c’est que vous êtes en train de me faner minute.

TGIF les copains !!!

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