TGIF – THANK GOD IT’S FRIDAY | Salauds de patrons

by • Jun 03, 2016 • T.G.I.F.Comments (0)1740

Salut les coquins,

Les lecteurs plus ou moins fidèles de ce site abjecte et vulgaire le savent: je déteste les discussions redondantes dans lesquelles on n’apprend rien et où l’on peut répéter 4 fois la même chose à base d’expressions ancestrales périmées et de fausse sagesse populaire.

Je ne dis pas ça gratuitement. Mais aussi vrai qu’effectivement on a eu un mois de mai absolument dégueulasse, je ne sais pas si je préfère pas la pluie à toutes ces complaintes habituelles.

Alors oui, il pleut des cordes, il fait un temps de merde, on se pèle le cul, Roland Garros est gâché et on n’a même pas eu bien le temps de se rincer la gueule en terrasse puisqu’il faisait meilleur en novembre.

Cela dit, sachons trouver le bonheur là où il est. Cette météo à gerber a au moins le mérite de retarder l’ouverture du festival de la photo de doigts de pieds au bord de la piscine et du hashtag #paslesplusmalheureux, #tempetedecielbleu et autres pitreries sur les réseaux sociaux.

Mais alors je pose la question: est-ce une raison pour en rajouter une couche et nous bassiner avec ça toute la journée ?

J’espère bien que non !

D’autant qu’il n’est pas question de troubler ma bonne humeur actuelle certainement liée au retour du mois de juin. Ce mois, autrefois synonyme de grandes vacances, de feux de camp avec nos cahiers et autres carnets de correspondance est de très très loin mon préféré de l’année.

Il faut dire que c’était bien cette époque où nous étions collégiens, lycéens ou même étudiants. Fin juin arrivait et c’était la fin. Nos responsabilités étaient terminées, notre job aussi. Tout ce que nous avions fait jusqu’à maintenant n’aurait plus aucune incidence sur la suite puisque nous changions de classe et repartions à zéro.

De fait, ayant cette semaine beaucoup trop de boulot pour pouvoir pondre un truc décent, j’ai faillit décider d’abandonner lâchement, expliquant tant bien que mal que j’étais débordé et que je ne pouvais assumer mes responsabilités.

Je me suis tellement épanché sur la CGT la semaine dernière que je ne pouvais tout de même pas quitter le navire et faire grève moi aussi.

Du coup, j’ai décidé, en ces temps troublés par les mouvements sociaux et tous les couillons qui crachent sur les salauds de patrons sans trop savoir pourquoi, de revenir à quelques fondamentaux et de reprendre un ancien texte traitant de l’entrepreneuriat.

En 2016, les jeunes Français n’ont jamais autant monté d’entreprises. On nous rabâche les oreilles à longueur de journaux télévisés que la France est un pays de grévistes et de fonctionnaires, sans parler des ressources fondamentales de notre nation qui repose sur un socle ultra solide de jeunes qui investissent, qui tentent, et qui pour une bonne partie d’entre eux réussiront et créeront de l’emploi à court et moyen terme.

Il faut dire aussi que vu la conjoncture actuelle, entre galérer pour trouver du boulot puis accepter de se faire insulter pour un salaire de misère, ou monter sa propre boite, le risque n’est finalement pas immense et le jeu en vaut la chandelle.

Et puis bon, en société, quand on vous demande ce que vous branlez de vos deux mains, vous pouvez répondre avec un petit sourire de connard “Ecoute j’ai monté ma boite il y’a 3 ans, ça se passe super bien, je suis hyper content”. 

En soirée, on a vite tendance à sous-entendre plus ou moins discrètement qu’on a révolutionné la théorie du big-bang, que votre boite est la plus attendue au CAC40 depuis la fin des trente glorieuses et que fondamentalement le seul obstacle entre vous et une Aston Martin DBS n’est pas l’argent mais votre soif de simplicité et de discrétion.

Le dialogue lambda sera celui là:

– Et donc tu fais quoi exactement dans ta boite ?

– Alors si tu veux (on tire sur sa clope puis on souffle la fumée à la gueule du mec) je fais tout ce qui est référencement, création de contenu sur les réseaux sociaux, web-rédactionnel, relations presse deux point zéro… tout ça quoi ! 

– Ah oui d’accord, tu fais du community management en fait non ?

– Mouais, oui et non, on fait du marketing digital si tu préfères.

L’emploi du “on” est ici très important. S’il nous oblige à se placer davantage en position de personne morale et non physique, il implique explicitement que vous êtes plusieurs dans la société et que de fait vous avez du boulot. Concrètement, dans les oreilles d’une meuf, cette simple utilisation d’un pronom indéfini vous fait passer d’indépendant, donc de clodo en puissance, à chef d’entreprise. Cela n’a l’air de rien mais mine de rien ça peut faire la diff au moment de savoir si elle dort chez elle ou chez vous.

En fait, il y’a un a monde entre la perception que les autres ont de vous, et celle qu’aura votre banquier.

Cette perception tient à pas grand chose, juste quelques zéros après un chiffre. Devant vos potes et connaissances, l’unité de valeur sera l’encours client et le CA facturé, devant votre banquier la discussion s’orientera davantage vers la trésorerie sur le compte courant d’associés et le CA encaissé. Vu de l’extérieur tout cela n’est qu’une simple incompréhension dans les termes, mais au quotidien cela veut dire “bienvenue dans la vie réelle”. Les lois sur les délais de paiement en France permettent aux gens de se croire plus riches qu’ils ne le sont et de passer des commandes qu’ils ne peuvent pas payer pour le moment, mais en s’auto persuadant que “dans un mois je me serai refait”. 

Enfin comme on est vendredi et qu’on est pas là pour pleurnicher sur les problèmes des autres, parlons plutôt de l’intérêt de cette belle profession qu’est celle d’entrepreneur.

Il est vrai que le costume de jeune entrepreneur ouvre des portes… Mettons, vous êtes sur Tinder, vous venez de matcher avec une potentielle bonne amie et vient la question fatidique du “Et donc tu fais quoi dans la vie ?”. Le fait de répondre “J’ai monté une boite de marketing digital il y’a 3 ans” permet immédiatement de faire la différence avec le chômeur en fin de droit qui écrit comme un môme de 2 ans et demi genre “c cher la galerre je cherche du taf mai ya tchi”. 

Alors évidemment on en joue. Même si notre boite est une toute petite coquille à peine remplie et qui tente tant bien que mal de cracher de quoi nous faire bouffer chaud midi et soir, on a un lexique bien précis.

Déjà le jeune entrepreneur ne bouffe pas avec des potes, il a un dèj. Et un dèj “avec un gros client, obligé d’y aller mec je t’expliquerai…”.

Le jeune entrepreneur ne part pas jouer au tennis à 16H parce qu’il en a plein le cul de sa journée. Il part en rendez-vous. “Ouais écoute je peux pas trop te parler là, j’arrive en rdv” “Ouais ma poule une seconde je sors ma raquette” “Oui quoi ? Non ouais j’arrive chez un client, je te rappelle après ça roule ?” .

Le jeune entrepeneur ne se met pas plein cadre avec des potes au restaurant le mercredi soir. Pas du tout. Il est à sa réunion mensuelle de… jeunes entrepreneurs. Et d’ailleurs il le dit bien à ses targets. “Non ce soir je suis pas dispo, j’ai ma réunion mensuelle avec mon club de jeunes entrepreneurs. Ouais c’est un petit club bien sympa où on essaye de faire un peu de biz tous ensemble, de s’entraider sur les questions de gestion, de fiscalité, de RSI, tout ça tout ça quoi…”.

Concernant la fiscalité, le jeune entrepreneur n’a pas tout compris, sauf tout ce qui de près ou de loin concerne les notes de frais. Ah… les notes de frais, le paradis du jeune entrepreneur, sa valeur refuge même ! Restos, voyages, apéros, chambres d’hôtel, tout ce qui peut être justifiable sera justifié, tout ce qui sera justifié sera passé en frais. Un de mes clients m’avait dit une fois une phrase finalement assez juste: Tu sais Adrien, entre un bon resto avec des clients qui sont devenus des potes, ou devoir 300€ de plus à déclarer à l’impôt sur les société, t’as bien compris que j’ai pas hésité longtemps ! 

Si le métier principal d’une entreprise est de facturer, la passion du patron est bien souvent de dépenser sur les côtelettes de la boite. Mais évidemment de manière transparente et justifiable, et toujours en se persuadant que toutes ces dépenses réduiront l’imposition sur les société en fin d’année…

– Comment ça se fait que tu partes à Dubaï aux frais de la boite ?

– Bah y’a un salon sur le digital auquel je rêve d’aller…

– Mais du coup tu vas y’aller 6 jours sur le salon ?

– Bah attends, faut se remettre du voyage et du jet-lag aussi…

Enfin, le jeune entrepreneur ne part pas si tôt que ça en week-end. Pas du tout. “Je vais monter à Meribel vers 14H vendredi oui. Non bah attends, c’est super dangereux de conduire sur une route verglacée de nuit. Imagine que je me plante et que je puisse pas bosser pendant 6 mois, je coule la boite direct. Non non, dans le doute, je pars plus tôt, c’est plus raisonnable !”. 

Oui mais derrière tout ça, il y’a du boulot, beaucoup de boulot, un peu de courage, beaucoup de stress, un peu d’argent à investir, très peu à percevoir pendant un bon moment, des moments de doute, de découragement, voire même de déprime, mais aussi des moments magiques, des appels entrants, des encouragements, l’impression de servir à quelque chose et de jouer un rôle dans la société.

Le jeune entrepreneur vit à 100% pour sa boite, check ses mails 4 fois par jour même le 8 août, ne touche pas de 13ème mois et n’a pas de ticket resto, il met du temps avant de se verser un tout petit salaire, il donne l’impression que c’est marrant et que oui le vendredi il se casse jouer au golf ou au ski, mais il n’a pas pris 5 semaines de congés payés de toute sa vie et sait ce que c’est de faire et refaire sa compta dans sa tête les yeux grands ouverts dans son lit.

Alors les gars, laissez-nous nous arsouiller un petit peu aux frais de la princesse de temps en temps et draguer des pouffiasses en se faisant passer pour le prochain Mark Zuckerberg. Laissez-nous également le droit de prendre des stagiaires qu’on appellera stagiosses et leur demander de se cambrer quand on passe derrière elles.

Et puis si jamais vous voulez rejoindre la grande famille de l’entrepreneuriat français, viendez-donc, c’est pas tant mal !

TGIF les copains.

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