TGIF – Thank God It’s Friday | Tapage nocturne

by • Jun 26, 2015 • T.G.I.F.Comments (0)3518

Coucou,

Nous sommes le 26 juin 2015, le solstice d’été est dépassé, les journées sont à leur apogée, les taxis frappent et bloquent à tout va pour attirer l’attention sur leur noble cause, les concerts estivaux ont commencé, les écoliers sont en vacances et j’écoute actuellement “Comme d’habitude” de Claude François sur une playlist YouTube intitulée “100 plus grandes chansons françaises de tous les temps”.

Je ne sais pas si vous vous souvenez mais la semaine dernière je disais écrire ma prose au son de Johnny allume le feu. Voilà donc que je récidive dans la chanson française pas franchement toute neuve et que, malgré ma présence active au concert de Pharrell Williams cette semaine, je me dirige tout droit sur une route dangereuse, celle qui conduit à devenir un vieux con avant l’heure.

Attention, avant d’en arriver à cette conclusion froide et sans appel, un long travail sur moi-même a été effectué. Je me suis d’abord persuadé d’un mauvais black-out, d’un état de fort agacement des suites de manifestations hostiles d’une adolescence imbécile, non contente d’être disgracieuse et d’émettre des sons nasillards depuis leurs bouches baguées. Mais non, rien à faire, nul besoin de se cacher derrière des faux semblants et des excuses fallacieuses, je suis devenu un connard intolérant qui pense à s’inscrire à la Box Thaï pour être en mesure de mettre des marmites à tous les trous du cul qui envahissent mon champ de vision.

En fait je me suis rendu compte que mes symptômes se faisaient de plus en plus persistants il y’a 2 semaines lorsqu’un vendredi soir, qui suivait un jeudi difficile, j’ai décidé de glander peinard à l’appart, hésitant entre Thalassa et une énième série policière française d’une part, un plat de coquillettes ou des sushis d’autre part. Ce n’est pas spécialement le besoin de reposer la bête qui m’a fait sentir vieux, c’est surtout l’absence de tolérance à un truc dont j’ai pourtant été coutumier du fait: le tapage nocturne des voisins.

Alors qu’à 23H30 en cette soirée maudite, m’apprêtant à carrer la viande dans le torchon pour une nuit longue et réparatrice, voilà qu’un son pourtant bien connu de mes esgourdes est venu troubler ma piaule, mon sommeil et ma tranquillité de vieux con: Les lacs du Connemara de Michel Sardou. D’ailleurs, je veux pas dénoncer, mais Michel Sardou est quand même toujours plus ou moins impliqué dans les trucs qui gonflent, de la famille Bélier en passant par Louane, et donc à ma funeste soirée.

Et bien je vous jure, j’ai hésité à appeler les flics pour intervenir contre ces jeunes zazous qui avaient osé se réunir entre potes un vendredi soir et profiter un petit peu de la vie autour d’une quille de je ne sais quoi et de musiques”à boire”. Si Dieu merci un instant de lucidité m’a empêché de me la jouer collabo en appelant les képis, j’ai malheureusement craqué hier soir avec pas moins de 3 soirées dans la rue. Je suis donc désormais passé de l’autre côté de cette sombre barrière et ai rejoint ce club pas bien reluisant, celui des gens qui ont appelé les flics pour faire cesser une soirée.

Depuis samedi midi je me sentais fébrile. Il faut dire que j’ai fait une erreur de débutant: déjeuner Place Bellecour un jour de Gay Pride. Il y’a encore quelques années, cette fête relativement bon enfant m’amusait et j’ai même déjà défilé torse nu sur un char avec quelques potes histoire de rigoler un peu. Mais là c’était trop. Cherchant un petit coin de verdure et de fraîcheur en ce qui était le dernier samedi du printemps, nous avions opté pour la terrasse du célèbre Café Bellecour.

Pas de bol, le départ de la “marche des fiertés” partait juste devant. Outre le bonheur d’avoir savouré ma salade de volailles avec une magnifique vue sur un homme qui avait l’âge de mon père torse nu et string apparent sous bas résille, nous avons également eu la joie de devoir hurler pour discuter à table en raison des sonos des chars stationnés à 50 mètres de nous durant une bonne heure. Je pense qu’à peine deux ans auparavant j’aurai eu envie de frapper les gens qui ont tenu les propos qui furent les miens pendant ce déjeuner… Notamment le très sonore “On remercie les gauchos qui ont voté Mitterrand en 81 !!”

Mais comme on avait décidé que ce premier week-end de l’été aurait valeur de test, le calendrier a voulu que la fête de la musique succède à la Gay Pride. Dimanche soir, j’ai eu l’ambition surement démesurée de ronquer relativement tôt avant de commencer la semaine. Excédé par l’espèce d’instrument à cordes qui sortait des sons malheureux sous mes fenêtres, j’ai bien faillit perdre mon sang froid et balancer des oeufs pour les faire taire. Comme dit Laurent Gerra “Des crétins avinés à cheveux gras grattant sur une guitare mal accordée sous vos fenêtres vous empêchant de pioncer”. Un peu comme les vieux, un sentiment de persécution m’a envahi, me laissant même penser à haute voix “Pourquoi ils se sont tous passés le mot pour me casser les couilles ce week-end ?!” 

En fait ce n’est pas que je sois contre la fête de la musique, je dis juste qu’il devrait y’avoir une sélection à l’entrée. Je sais pas, c’est un peu comme si vous laissiez tous les mecs qui veulent se mettre au tennis participer à Roland Garros…

Et hier donc, ce fut le drame. Ayant jusque là toléré tant bien que mal les voitures roulant à 2 à l’heure avec la musique à fond et coudes à la fenêtre, les abrutis qui se garent en double file tout en laissant leur musique de plouc pour faire les malins pendant qu’ils font les courses, ou encore le trou de balle qui se trimballe avec un espèce de poste de radio pseudo rétro sortant un son saturé, mais l’estocade m’a été porté hier soir par des jeunes sans doute bien sous tous rapports mais décidément bruyants.

Minuit, mon esprit happé par BFM TV, je crois entendre quelques bruits ressemblant de près ou de loin à une bringue d’appartement. Désirant en avoir le coeur net, je me suis rendu à la fenêtre pour être bien sûr de mon coup. Nom de Dieu, 3 soirées dans 2 immeubles voisins avec en plus communication entre les appartements, du genre “Les gars vous fêtez quoi ?” , “la fin du bac ! Vous avez de la meuf chez vous non ? On peut se rejoindre ??” 

Putain rejoignez-vous mais fermez là !

Heureusement j’ai pas toujours été comme ça. Je me rappelle d’ailleurs de mes anciens voisins du 6ème arrondissement qui ont bien cru calancher le soir de mes 25 ans lorsque 40 soiffards avaient envahi mon salon… Clairement le mari ne me supportait pas, d’autant que sa femme et sa fille m’aimaient bien. Ce con avait d’ailleurs cru bon d’aller cafter auprès de ma mère qui me rendait visite combien j’étais un voisin insupportable. Quelques mois plus tard, j’allais le saluer une dernière fois en plaisantant sur le fait que désormais ses week ends seraient paisibles car je déménageais. Le pauvre homme est mort d’une rupture d’anévrisme dans la même semaine… jamais il n’aura eu son week end !

Pourtant je laissais des jolis mots dans l’ascenseur pour tenter de me faire pardonner d’empêcher de dormir un quartier entier.

“Chers voisins,

j’invite quelques amis ce soir chez moi à l’occasion de mon anniversaire. Si vous trouvez qu’il y’a trop de bruit, n’hésitez pas à venir nous voir et même à rester prendre un verre. Enfin tout ce qui pourrait vous passer l’idée de composer le 17.

Avec toutes mes excuses,

Le voisin du 6ème.”

Bref, autant je tolère largement les soirées dans les appartements, faut bien que jeunesse se passe et on n’a pas tous les moyens de payer son verre de whisky 10 euros, autant je ne comprends pas ces bruits d’animaux que font les merdeux dès qu’ils ont un coup dans le pif.

Tenez, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai été réveillé par des onomatopées inintelligibles de la part de gosses qui n’avaient plus la force de marcher mais largement assez pour beugler. Quant à hier soir, en pleine trêve, j’ai eu droit à 10 mecs qui se croyaient en plein milieu des Bad Gones, alternant applaudissement et “Lyonnais, Lyonnais, Lyonnais…” 

Un flic m’a dit la semaine dernière, alors que j’essayais justement de franchir le cortège de la gay pride avec mon scoot, que les actes d’incivilité étaient en très forte hausse. Voulant juste rentrer chez moi et ne pas laisser mon scooter dans le cortège et le retrouver par terre couvert de merdes, j’étais donc moi même un dangereux outlaw du far-west. On ne peut toutefois que constater et déplorer que ce brave agent de la mondaine a raison, avec d’ailleurs une jolie illustration de nos chauffeurs de taxi racailleux et cons.

Dans mon cas, je crois qu’il faut définitivement que je parte prendre l’air quelque part si je veux pas commettre l’irréparable. Parce que cette nuit, j’ai quand même rêvé d’avoir un fusil à plomb sous le plumard…

TGIF les copains, et si vous passez en bas de chez moi fermez vos mouilles !

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