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SCHEYDA ETHIC x INTERVIEW 10.3 by les Effrontés

by • Dec 10, 2015 • InterviewComments (0)2657

Présentation.

Scheyda Ethic c’est une marque Française née à Paris qui mêle inspiration Persane et modernité urbaine. Convaincue de l’importance et de la richesse de la mixité, mêler l’ancien et le nouveau, l’orient et l’occident, Scheyda Ethic collabore et soutient le travail d’artistes et d’artisans internationaux, dans la photographie, la musique, les vidéos, ou encore les arts plastiques ou textiles. C’est une marque responsable, qui crée et développe des projets humanitaires cohérents avec ses valeurs. À noter : Scheyda Ethic travaille en famille et entre amis, et confectionne et fabrique 100% de ses produits en France, à Paris.

Rencontre.

Interview.

Bonjour Yegan.

Avant d’entamer cette interview, peux-tu te présenter brièvement aux lecteurs de l’Effronté en nous parlant un peu de toi, de ton background et de ton parcours ?

Yegan : Je m’appelle Yegan, j’ai 24 ans et suis franco-iranien. Mes deux parents, entrepreneurs, sont nés en Iran, respectivement à Téhéran et Isfahan, et mes soeurs et moi sommes nés à Paris. J’ai un master en négociation internationale et entrepreneuriat qui m’a permis de pas mal voyager, ma plus forte expérience étant mon année passée au Kazakhstan, à Almaty, où j’ai pu pas mal voyager en Asie Centrale. J’ai travaillé dans pas mal de domaines différents, du McDonald au Sénat en passant bien sûr pas l’entreprise familiale, maison de couture et de style, que je vois évoluer depuis tout petit. J’ai donc un grand attachement à cette boîte que j’ai envie de faire grandir, dans laquelle je travaille aujourd’hui avec mes parents – chose que je n’aurais jamais soupçonné – et grâce à laquelle je découvre la dure vie d’entrepreneur!

  1. Comment résumerais-tu Scheyda Ethic en 3 phrases ?

Yegan : Nous travaillons en famille et entre amis, avec tout ce que ça implique de négatif mais surtout de positif. Nous sommes un mélange de générations, d’origines, de savoir-faire, et d’influences. Nous tendons à faire de bonnes choses : dans la qualité de ce qu’on produit, dans notre éthique, dans nos projets humanitaires, ou simplement dans nos interactions avec les gens qui nous entourent, employés, clients, fournisseurs, partenaires.

  1. C’est en Janvier 2015 que tu décides avec ta soeur Sadaf de créer Scheyda Ethic, pourquoi ? Rassure nous et dis nous que c’est pas pour les nanas ! 🙂

Yegan :  Au départ ce n’est pas pour les nanas mais si on peut faire d’une pierre deux coups, c’est cool non ? J’habitais alors à Istanbul où on m’a un petit peu lâché du jour au lendemain en me demandant de trouver de nouvelles solutions pour la marque. J’étais un peu perdu au départ, mais finalement j’ai pu énormément travailler et prendre du recul sur les choses. Là-bas, j’ai appris que ma grand-mère effectuait une action humanitaire à Isfahan. J’ai eu envie de mêler ça au savoir-faire de l’entreprise de mes parents, aux compétences très précieuses de ma soeur et de mes amis, et à mon goût pour l’art, l’artisanat et le voyage. J’ai beaucoup été inspiré et aidé par un ami de l’école, Nicolas, qui a lancé avec brio son projet Perùs. C’est également à Istanbul que j’ai eu l’idée de contacter la réalisatrice Marion Poizeau avec qui le contact est très bien passé, et qu’a commencé l’aventure du surf en Iran, mais ça c’est autre chose.  

  1. Le made in France, le “local”, le commerce équitable et le crowd sourcing, vous cumulez les points qui décrivent une boîte bien ancrée dans son époque. Est-ce la touche de jeunesse ou une nécessité pour exister dans l’univers du prêt-à-porter ?

Yegan : Un peu des deux. Je pense que c’est une grande force d’allier la manière assez traditionnelle de travailler de mes parents, et d’y mêler des pratiques plus innovantes. Les autres éléments que tu cites se sont imposés par eux-mêmes : le made in France était déjà en place avant mon arrivée dans la boîte, nous l’avons seulement développé et nous continuons d’en travailler la qualité; le commerce équitable permettait de pousser encore la visée familiale de l’entreprise et de prendre part à un projet cohérent et passionnant; enfin le crowd sourcing est selon moi le meilleur moyen de partager avec nos contributeurs et d’être le plus à l’écoute possible de leurs attentes.

  1. Tes parents ont crée l’entité originelle “Scheyda” en 1996. On parle souvent des “fils de” dans le cinéma, en bon ou en moins bon. Quel est ton retour d’expérience et qu’en retiens-tu ?

Yegan : La majorité des gens ne savent pas que je travaille avec mes parents ! En soit,  je travaille vraiment sur d’autres choses, j’ai une vision et des projets assez variés, dont une partie s’inscrit avec eux, sur ce bout de chemin. Jusqu’à ce jour je n’ai eu aucun mauvais retour d’expérience, mais quand bien même ce ne serait pas grave, il y aura toujours des gens qui critiquent, il en faut ! Aussi, on dénote dans les entreprises familiales une productivité accrue, on travaille avec un but en commun et pas seulement pour soi, donc je ne peux que considérer ça comme une chance.

  1. Est-ce que faire du Made in France a été un challenge et crois-tu que cela soit valable dans toutes les industries ?

Yegan : Comme je te disais, le Made in France est une tradition ancrée dans l’entreprise depuis sa création, je n’ai fait que la remettre à jour, c’était donc une évidence. C’est parfois compliqué en effet, car les gens n’imaginent pas les difficultés et les coûts auxquelles nous faisons face – en terme de matières premières, de législation, d’impôts. Non forcément, ce n’est pas valable dans toutes les industries, et je ne suis pas partisan du 100% local, au contraire, il y a de très belles choses qui se font à l’étranger. Je suis plus en faveur d’une éthique, et d’une manière de travailler. Je ne vais rien t’apprendre, la délocalisation systématique dans des pays en voie de développement, particulièrement pour les grosses entreprises, a souvent des effets néfastes sur la qualité et les conditions de travail – je vais plutôt à l’encontre du mode de fonctionnement de ces grosses entreprises.

  1. Quid de l’export ? Quand retrouvera-t-on Sheyda Ethic en concept store NYais ?

Yegan : Pas encore mais pourquoi pas ! Scheyda a longtemps été distribué dans 19 pays, pour du prêt-à-porter (USA, Japon, Liban, Europe, Maghreb). Scheyda Ethic, on prend le temps de le développer pas à pas, c’est un travail de tous les jours. Mais demain j’aimerais pouvoir commencer par l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède ou encore la Turquie.

  1. Comment aimerais-tu voir Scheyda Ethic dans 10 ans ?

Yegan : J’aimerais être une marque connue pour la qualité de son savoir-faire, pour les personnes qui y participent, mais aussi être un support d’expression pour des artistes et des artisans ! J’ai vraiment cette volonté collaborative et l’envie de travailler conjointement avec des gens qui ont du talent. Dans 10 ans, j’espère avoir laissé la gérance d’une entreprise en bonne santé à quelqu’un d’autre, et être sur d’autres projets.

  1. Le projet “Clothe to Me, Close to her” vous a permis de lancer votre première campagne de production. Est-ce une marque de fabrique ou juste un moyen de démarrer ?

Yegan : C’est une marque de fabrique, le temps qu’on arrive à bien mettre sur les rails le projet humanitaire à Isfahan, de le rendre autonome et de passer à autre chose. Mais je ne suis pas communicant donc c’est parfois compliqué d’arriver à faire passer différents messages à la fois ! C’est pour ça que le dialogue avec nos contributeurs est important, et on essaye d’aborder cette communication très simplement avec eux.

  1. Vous avez actuellement une campagne de financement sur sheeps.fr, tu peux nous en dire plus ?

Yegan : Sheeps c’est deux entrepreneurs qui ont envie de se lancer avec leur plateforme internet et qui nous ont proposé de participer avec eux à leur lancement. Ils proposent à leur communauté des produits originaux d’entreprises éthiques avec une réduction de l’ordre de 30% quand on passe par leur site. Ça nous donne de la visibilité, ça nous aide à grandir, ça fait des bons tarots pour nos clients et ça aide une jeune plateforme à se lancer, donc c’est plutôt une bonne initiative, non?

  1. En 1997, la Vérité Si je Mens montre le Sentier contrôlé par les juifs. En 2012, dans la Vérité Si Je Mens 2 c’est les Chinois qui sont aux manettes. 2015 année de l’Iran ? (Oui, l’Effronté croît ce qu’il voit au cinéma)

Yegan : La vérité, c’est peut-être l’année de l’Iran mais pas dans le Sentier! On est peu d’iraniens mais on représente. C’est d’autant plus intéressant de communiquer sur un sujet et une culture que les gens connaissent peu, ou mal.

Scheyda Ethic en Iran, là où leurs fournisseurs de soie se situent

La beauté d’une interview réside dans le fait de pouvoir s’engouffrer dans l’intimité de la personne sans pour autant en dévoiler ses secrets… Passons donc, maintenant, à des questions un chouïa plus personnelles. Nous devons préciser qu’elles se terminent toutes par et pourquoi ? La justification donne parfois du sens à la réponse. Au passage, pas besoin de vous justifier sur la question numéro #10, ça ne s’explique pas…

  1. Dans quelle ville rêverais-tu d’habituer ?

Yegan : J’ai envie de vivre dans beaucoup de villes différentes, mais je ne me vois pas encore vivre quelque part pour longtemps. J’adore Paris mais quand j’y passe trop de temps j’ai envie de partir. J’ai adoré vivre à Istanbul, une ville incroyable. J’ai encore envie de voyager et tout m’attire plus ou moins de la même manière : New York, l’amérique du Sud, Katmandou, l’Asie du sud-est, l’Afrique, il reste beaucoup de choses à voir, on a jamais fini de voyager!

  1. Quelle est la personne, vivante ou disparu, que tu admires ou admirais le plus ?

Yegan : J’ai facilement de l’admiration pour les gens doués, et je suis assez admiratif de mon père et de ma mère, deux personnes qui ont une très grande force de caractère. Ca fait un peu pompeux, mais il y a cette phrase de Zola que j’aime beaucoup, dans son livre “Mes Haines” qui résume bien les choses : “Je suis pour les hommes courageux qui ont la brutalité du vrai, qui enjambent les règles reçues, qui ne savent pas et qui imposent cependant leurs idées, parce que ces idées ont une grande force de volonté. Je suis enfin pour les hommes courageux qui sont vaillants dans la lutte, qui payent de leur personne, qui ont un grand dédain pour la foule des railleurs.

  1. Quelle est ta plus grande peur ?

Yegan : L’abandon ? Dans les deux sens du terme. Nietzsche – paix à son âme – dirait que c’est probablement lié à quelque chose dans mon enfance.  

  1. Enfant, tu rêvais d’être ?

Yegan : Une fois j’ai dit policier, mais mon père m’a rapidement calmé. Puis astronaute et médecin. Rien d’original, je voulais faire plaisir à mes parents, tout comme dans le cursus que j’ai suivi : S, spé maths, prépa, école de commerce etc. Ce n’était peut-être pas tant fait pour moi mais ça m’a beaucoup servi.

  1. Si tu avais le pouvoir de changer une seule chose, quelle serait-elle ?

Yegan : Pour moi, pour les autres, dans le monde ? Le mieux, ce serait d’en changer plusieurs. S’il y avait une seule chose à changer, supprimer la misère serait un bon début, pour le coup on en trouve partout, suffit de sortir de chez soi.

  1. Si Dieu existe, qu’aimerais-tu, après ta mort, l’entendre te dire ?

Yegan : “Yo bro, t’as bien taffé. Allez viens il y a des bières au frais, t’as des potes qui sont déjà là.”

  1. Quelle est ton idée du bonheur ?

Yegan : Simple, hors du monde et accompagné. Du saucisson, du vin, des potes, la vie Justin Bridou. Dans le voyage on retrouve souvent ces moments de calme, où on s’étonne un peu de tout, où on mange, on boit, on découvre, on rencontre. Je n’ai jamais été aussi heureux qu’en voyage.

  1. Quel est ton motto/devise dans la vie ?

Yegan : Mon nindô dans la vie… Je ne sais pas trop. Je dirais être déterminé, vouloir les choses, essayer, se forcer à sortir de sa zone de confort. Et aussi réfléchir, écouter et comprendre, je trouve qu’aujourd’hui on a tendance à ne pas assez questionner les choses, mais à les accepter comme on nous les donne.

  1. Quel est ton passe-temps préféré ?

Yegan : J’aime beaucoup la photographie argentique, ça me passionne chaque jour plus : je travaille toujours au 50mm, donc je suis assez proche du sujet. Il y a un contact qui se crée lors de la prise de vue. Les différents paramètres à prendre en compte, le temps de préparation de sa photo, le cadrage. Puis l’attente du développement et du tirage final. J’ai encore énormément à apprendre et j’ai l’impression de ne pas progresser assez vite, de ne pas assez pratiquer. Mais ça va venir, et on vient juste d’installer un laboratoire de tirage et développement argentique là où je travaille, une nouvelle partie de la photographie que je découvre et un petit rêve qui se réalise ! Je vais passer ma journée dans la chambre noire aujourd’hui je t’en dirai des nouvelles.

  1. L’Effronté t’offre l’apéro, qu’est ce que je te sers ?

Yegan : Tout dépend de l’heure et de ce que t’aimes! Si c’est l’été et qu’il fait beau c’est pastis. Entre 17:00 et 19:00 c’est plutôt bière, 19:00 – 21:00 c’est direct vin rouge, et plus tard on cadrera plutôt sur du whisky. Ce sont les tranches horaires officielles, mais parfois on déroge un peu à la règle.

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Passons maintenant aux questions XX.3, les questions qui sortent des conventions… Ne cherchez pas à comprendre pourquoi nous posons spécifiquement ces questions puisqu’elles nous passent simplement par la tête au moment ou nous écrivons ces lignes.

  1. Au 1er Janvier les ventes s’écroulent et les attentes des gens ne se portent plus du tout sur tes produits. Il faut tout revoir. Résultat, tu as le choix entre produire des bretelles à la Steve Urkel ou des chaussettes à orteils. Alors, tu nous présentes quoi ?

Yegan : En grand admirateur de Steve j’ai envie de te dire des bretelles, mais en vrai faire de la belle chaussette de luxe en poil d’alpaga ça me tente pas mal…

  1. Pharrell Williams veut absolument faire une collection capsule avec toi mais à la condition que l’égérie soit Nabilla, la star de la TV Réalité française. Tu acceptes ou pas ? Pourquoi ?

Yegan : J’aime pas trop Pharrell Williams, je n’ai pas pris part à l’engouement général pour sa chanson “Happy” qui m’a cassé le crâne tout l’été; Nabilla je la connais pas c’est pas ma pote, mais qui sait, peut-être qu’elle est mieux que ce qu’on voit à la télé. Je vais pas la juger, mais à première vue comme ça je dirai non, pas envie de vendre notre c*l, on préfère travailler avec des vrais gens.

  1. Pour terminer, un “Tu préfères ?” à la Palmade et Darmon. Tu préfères avoir chaque année une nouvelle collection qui atteint tout juste le point d’équilibre financier ou en faire une qui cartonne et la ré-éditer chaque année à l’identique ?

Yegan :  Par défaut, celle qui cartonne et la ré-éditer chaque année. Mais bon, dans la mode ça n’a pas vraiment de sens, et on essaye d’avoir à notre échelle une certaine portée créatrice donc ce serait un peu con. Le mieux ce serait deux collections par an qui sont bien au-dessus de l’équilibre financier! On se revoit dans 5 ans.

Cet entretien est maintenant terminé. Nous remercions Yegan pour le temps qu’il a consenti à accorder à des jeunes effrontés de notre genre. Nous mettons en avant ces femmes et ces hommes qui cherchent à vaincre la morosité ambiante en apportant leur talent, leur compétence et aussi ce petit grain de folie.

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Le principe de l’interview 10.3 by les effrontés c’est 23 questions et pas une de plus ! Le concept «10.3» est simple: on pose 23 questions dont 10 un brin formelles, 10 plus personnelles en terminant par 3 questions complètement hors contexte qui nous passent par la tête sur le moment.

Ayant la ferme volonté de rapprocher le lecteur de la personne interrogée, et parce que nous sommes tout de même effrontés, ne cherchez pas de signes de vouvoiement dans nos interviews, puisque cette formule de langage s’efforce de construire une barrière entre les deux partis.

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